mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête enregistrée le 17 mai 2024, M. B A, représenté par Me Koumba, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a assigné à résidence.
2°) d'écarter des débats le rapport de la structure d'accueil du 13 avril 2022 ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu, garanti notamment par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la préfète n'a pas respecté le principe constitutionnel du contradictoire ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur,
- et les observations de Me Yela Koumba représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 1er avril 2004, de nationalité guinéenne, est entré sur le territoire français le 7 février 2020. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 26 mars 2020 jusqu'à sa majorité. Il a sollicité son admission au séjour le 3 octobre 2023 sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le présent recours, il demande l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Sur les conclusions tendant à écarter des débats le rapport de la structure d'accueil du 13 avril 2022. Il est constant que le rapport susvisé n'a pas été produit à la présente instance. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit écarté des débats sont sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation
En ce qui concerne la décision refusant le séjour
3. Si M. A soutient qu'avant de se prononcer sur sa demande de titre de séjour, il n'a pas été informé de l'existence du rapport de la structure d'accueil et mis en mesure d'émettre des observations sur ce rapport, aucune disposition ni aucun principe n'imposait à la préfète de la Haute-Marne de procéder à cette communication. Dans ces conditions, M. A ne saurait soutenir, pour ce motif, que le principe du contradictoire, lors de l'instruction par l'administration de sa demande, aurait été méconnu.
4. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, également invoqué par M. A.
5. Il ressort des pièces que M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 3 octobre 2023. A compter de cette date, il a été loisible de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il ne saurait être déduit de la circonstance qu'un récépissé lui ait été transmis le 19 avril 2024 que l'instruction a débuté à cette date et qu'il aurait été empêché de faire part de sa promesse d'embauche et des attestations démontrent les liens tissés sur le territoire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision contestée de refus de titre de séjour. Dès lors que l'intéressé n'établit pas qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de la préfète de la Haute-Marne tous les éléments qu'il jugeait utile à l'instruction de sa demande, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu.
6. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. " Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement des dispositions citées au point 6, la préfète s'est fondée sur un rapport du 13 avril 2022 émis par la structure d'accueil faisant ressortir que le requérant s'est montré à plusieurs reprises irrespectueux et violent verbalement et physiquement vis-à-vis du personnel encadrant et d'autres résidents de la structure sociale, que les résidents ciblés ont dû être déplacés pour échapper aux pressions et aux violences, que le comportement de l'intéressé n'a pas changé malgré les rappels à l'ordre des encadrants et qu'une main courante a été déposée le 18 novembre 2022 à son encontre pour violences verbales et menaces de mort à l'encontre d'un encadrant. Alors même que l'intéressé a passé avec succès son DELF A1 et DELF A2, qu'il fait valoir être intégré dans la société française, avoir un emploi et qu'il ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces circonstances ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par la préfète sur le caractère suffisant de son intégration. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
8. Si au soutien d'un moyen tiré de l'erreur de droit, M. A déclare être hébergé à titre gratuit chez un tiers proche à Saint-Dizier depuis le 15 juillet 2022 qui doit être déclaré comme tiers de confiance, puis dans le Loiret depuis novembre 2023, ces faits ne permettent pas au juge d'apprécier l'existence d'une erreur de droit qu'aurait commis la préfète de la Haute-Marne en édictant la décision en litige.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français
10. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus de séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence
12. Si l'arrêté en litige par son article 4 oblige l'intéressé à se présenter une fois par semaine au commissariat de Saint-Dizier, cette obligation est fondée sur l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne constitue pas une assignation à résidence. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation d'une assignation à résidence sont sans objet.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction, relatives à l'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller
M. Oscar Alvarez, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. ALVAREZ
Le président,
Signé
O. NIZETLa greffière,
Signé
I. DELABORDE
N°2401168
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