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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401180

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401180

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSIMON

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé, porte sur une demande d’expertise médicale présentée par Mme D à la suite de complications post-opératoires d’une cholécystectomie. Le tribunal fait droit à la demande d’expertise sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, estimant la mesure utile dans la perspective d’un éventuel litige en responsabilité hospitalière. En revanche, il rejette la demande de provision de 2 000 euros, faute pour la requérante de justifier d’une obligation non sérieusement contestable. L’expert désigné devra notamment se prononcer sur la conformité des soins aux règles de l’art et sur l’existence d’un lien de causalité avec les préjudices allégués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, Mme E D, représentée par Me Aurélie Simon, demande au tribunal :

- de prescrire une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer si les soins qui lui ont été prodigués sont conformes aux règles de l'art ;

- de condamner solidairement le centre hospitalier de Charleville-Mézières et le groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes de Charleville-Mézières à lui verser une provision d'un montant de 2 000 euros à valoir sur la réparation de son préjudice ;

- de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Charleville-Mézières et du groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle s'est présentée plusieurs fois au cours de l'année 2019 au service des urgences du centre hospitalier de Charleville-Mézières pour des douleurs abdominales ;

- le 24 août 2020, elle a subi une cholécystectomie coelioscopique au sein du service de chirurgie viscérale et vasculaire du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes pour une cholécystite chronique lithiasique ;

- le lendemain de sa sortie qui a eu lieu le 26 août 2020, elle s'est présentée au service des urgences pour des douleurs abdominales irradiant dans le dos ;

- elle a de nouveau été hospitalisée et a subi le 28 août 2020 une nouvelle intervention chirurgicale pour évacuation d'un petit épanchement bilieux au niveau du lit vasculaire du site de la cholécystectomie ;

- un drainage par une lame multi-tubulaire en silastic sortant par l'orifice de trocart mis au niveau du flanc droit a été posé et une évacuation du pneumopéritoine a été pratiquée ;

- à la suite d'une bili-IRM réalisée le 2 septembre 2020 elle a été transférée à la clinique de Bezannes en vue d'un cathétérisme rétrograde à la recherche de l'origine de l'écoulement bilieux ;

- le compte-rendu de cholangio-pancréatographie rétrogradé endoscopique en date du 9 septembre 2020 confirme la fuite biliaire minime haute de la VBP sous la convergence associée à une compression par les clips du cystique sans plaie évident ;

- des prothèses intra-hépatiques ont été posées puis retirées le 2 décembre 2020 ;

- elle a ensuite subi plusieurs IRM puis un scanner abdomino-pelvien pour une douleur récidivante de l'hypochondre droit et trouble du transit ;

- elle prend régulièrement un traitement anti-douleurs ;

- une expertise médicale judiciaire semble indispensable afin d'obtenir un avis technique sur le lien de causalité entre l'intervention du centre hospitalier de Charleville-Mézières et le groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes de Charleville-Mézières avec son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, représenté par la SCP Sammut Croon Journé-Léau, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves et de ce qu'il ne s'oppose pas à l'instauration d'une mesure d'expertise aux frais avancés par la requérante. Il demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

La requête a été communiquée le 27 mai 2024 au groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme D entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur les conclusions à fins de provision :

3. A supposer recevables les conclusions à fins de provision en la présente instance, Mme D se borne à demander la condamnation solidaire du centre hospitalier de Charleville-Mézières et du groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes au versement d'une provision à valoir sur la réparation de son préjudice, sans justifier de l'existence d'une obligation non sérieusement contestable. Les conclusions précitées de la présente requête, qui figurent au demeurant dans la mission confiée à l'expert, doivent être, en tout état de cause, rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions à fins de provision sont rejetées.

Article 2 : M. le docteur B A, chirurgien viscéral et digestif, exerçant à la clinique Ambroise Paré, 21 route de Guentrange à Thionville (57100), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes et par le groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme D ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme D et les soins et prescriptions antérieurs à son admission dans ces établissements de santé ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme D et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes et du groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors des hospitalisations de Mme D ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme D et des complications dont elle souffre ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme D, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux établissements de santé, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme D une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme D de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

7°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme D a été informée de la nature des examens qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces examens et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme D a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant les examens si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

8°) dire si l'état de Mme D a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°) indiquer à quelle date l'état de Mme D peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) dire si l'état de Mme D est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

12°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme D.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert :

- avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ;

- recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 6 : L'expert, lui-même soumis au secret médical, pourra se faire communiquer directement par le centre hospitalier l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse lui être opposé ce même secret et pourra entendre toute personne du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes et du groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes ayant donné des soins à Mme D.

Article 7 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 janvier 2025. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, aux caisses primaires d'assurance maladie des Ardennes et de la Haute-Marne, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, au groupement de coopération sanitaire territorial Nord-Ardennes et à M. le docteur B A, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 29 août 2024.

Le juge des référés,

signé

O. C

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