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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401185

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401185

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP PELLETIER & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, M. D C et Mme E C, représentés par la SELARL Laquille associés, demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de déterminer si les soins prodigués à Mme F C par le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardenne sont conformes aux règles de l'art.

Ils soutiennent que :

- Mme F G épouse C a été hospitalisée du 27 septembre 2021 au 1er novembre 2021 au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes où elle est décédée d'un arrêt cardiaque ;

- elle avait été hospitalisée au sein de ce même établissement à compter du mois de février 2021 pour une pneumopathie bilatérale avec persistance d'un encombrement bronchique et avait subi une intubation puis une trachéotomie ainsi qu'une gastrostomie sur troubles de déglutition et de dénutrition;

- elle aurait contracté, pendant la période où elle a été hospitalisée, un staphylocoque doré ;

- ils s'interrogent sur les conditions de prise en charge de leur mère et épouse compte tenu du fait qu'ils n'ont jamais pu obtenir la moindre explication de la part de l'établissement sur les circonstances de son décès.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, représenté par la SCP Sammut Croon Journé-Léau, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves et de ce qu'il ne s'oppose pas à l'instauration d'une mesure d'expertise aux frais avancés par les requérants. Ils demandent en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARL Birot-Ravaut et associés, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée. Il demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par M. D C et Mme E C entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à leur demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le professeur D A, exerçant 139 Rue de Courlancy à Reims (51100) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C ;

2°) décrire l'état de santé de Mme C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de Mme C ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) en cas d'infection, préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes, a été porté le diagnostic, a été mise en œuvre la thérapeutique, dire quels ont été les moyens cliniques, paracliniques et biologiques retenus, permettant d'établir le diagnostic, dire, le cas échéant quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l'origine de cette infection, quel type de germe a été identifié, quelle est son origine, son caractère exogène ou endogène, si l'infection a pour origine une cause extérieure et étrangère au lieu où ont été dispensés les soins, quelles sont les origines possibles de cette infection et s'il s'agit de l'aggravation d'une infection en cours ou ayant existé ;

4°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme C et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors des hospitalisations de Mme C ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme C ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme C une chance sérieuse de survie ; proposer une quantification de cette perte de chance, formulée en pourcentage, en faisant la distinction avec les autres facteurs ayant pu provoquer son décès ;

7°) évaluer les postes de préjudices subis avant décès : taux d'incapacité temporaire total, taux d'incapacité temporaire partielle, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément et tous autres postes de préjudices susceptibles d'être apparus.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert :

- avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ;

- recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 5 : L'expert, lui-même soumis au secret médical, pourra se faire communiquer directement par le centre hospitalier l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse lui être opposé ce même secret et pourra entendre toute personne du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ayant donné des soins à Mme C.

Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 28 février 2025. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Mme E C, aux caisses primaires d'assurance maladie de la Marne et de la Haute-Marne, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et à M. le professeur D A, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 2 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. B

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