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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401202

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401202

mercredi 23 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMORAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A B, qui contestait le retrait de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité par le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Le requérant invoquait une insuffisance de motivation, une erreur de droit et une erreur d'appréciation, en se prévalant notamment de la présomption d'innocence. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La solution s'appuie sur les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, qui permet le retrait de la carte professionnelle en cas de résultat défavorable de l'enquête administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. A B, représenté par Me Morand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 avril 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité lui a retiré sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui restituer sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits reprochés ne sont pas avérés, que la seule mention de ces faits au traitement des antécédents judiciaires est insuffisante, qu'aucune suite judiciaire n'a été prise à son encontre et qu'il doit bénéficier de la présomption d'innocence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2025, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 18 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amelot, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Henriot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 janvier 2023, la commission locale d'agrément et de contrôle du conseil nationale des activités privées de sécurité (CNAPS) a délivré à M. B une carte professionnelle pour exercer les fonctions d'agent privé de sécurité, d'une durée de validité de cinq ans. Par un courrier du 19 mars 2024, le directeur du CNAPS a informé l'intéressé de ce qu'il envisageait de procéder au retrait de sa carte professionnelle, en application de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, et l'a invité à présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours. M. B a présenté ses observations par un courrier du 27 mars 2024. Par une décision du 24 avril 2024, le directeur du CNAPS a procédé au retrait de la carte professionnelle de l'intéressé. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, en vertu de l'article L. 211-6 du même code : " Lorsque l'urgence absolue a empêché qu'une décision soit motivée, le défaut de motivation n'entache pas d'illégalité cette décision. () "

3. En application de ces dispositions, la décision de retrait d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité privée doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs, sauf à ce que l'administration compétente invoque l'existence d'une urgence absolue.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les dispositions du code de la sécurité intérieure dont elle fait application, mentionne les faits retenus à l'encontre du requérant et les raisons pour lesquelles ces agissements ont justifié le retrait de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, quel que soit le bien-fondé de cette motivation, la décision attaquée est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes (). " Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° du présent article. Elle peut également être retirée en cas de méconnaissance des dispositions prévues à l'article L. 214-1 du code rural et de la pêche maritime ou s'il ne satisfait pas au contrôle régulier de ses compétences en application de l'article L. 613-7-1 A du présent code. () ". Aux termes de l'article R. 40-23 du code de procédure pénale : " Le ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale et direction générale de la gendarmerie nationale) est autorisé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé " traitement d'antécédents judiciaires ", dont les finalités sont celles mentionnées à l'article 230-6 ".

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle engage une procédure de retrait d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité privée, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

7. Il ressort des termes de la décision en litige que, pour décider de retirer la carte professionnelle de M. B, le directeur du CNAPS a retenu, d'après les éléments recueillis dans le cadre d'une enquête administrative, que l'intéressé avait été mis en cause d'une part, pour des faits commis du 1er juillet au 16 octobre 2023 à Epernay, en qualité d'auteur de violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, et, d'autre part, pour des faits commis le 22 septembre 2023 à Reims, en qualité d'auteur de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et détention non autorisée de stupéfiants. Le CNAPS fait valoir en défense, sans être contredit, que les faits de violence susvisés ont donné lieu à la mise en examen de M. B et à son placement sous contrôle judiciaire et que l'intéressé a été soumis à un dépistage salivaire positif, le 22 septembre 2023, lorsque les services de police ont découvert un morceau de résine de cannabis sur lui.

8. Si le requérant soutient que les faits de violence qui lui sont reprochés ont été commis sur son ancien beau-fils alors qu'il était au travail, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, l'ensemble des faits sur lesquels se fonde la décision attaquée ont été commis récemment et à une date à laquelle M. B était titulaire d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité et donc soumis à une exigence déontologique particulièrement élevée. Ainsi, ces faits qui sont incompatibles, par leur nature, avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité, sont de nature à eux seuls à justifier la décision attaquée de retrait de la carte professionnelle d'agent privé de sécurité de l'intéressé. Dès lors, le directeur du CNAPS n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retirant au requérant sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 avril 2024 par laquelle le directeur du CNAPS lui a retiré sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité.

Copie du présent jugement sera adressé au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Amelot, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2025.

Le rapporteur,

F. AMELOT

Le président,

A. DESCHAMPS

Le greffier,

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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