mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, M. C A, représenté par
Me Focachon, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de la Marne a rejeté sa demande d'autorisation de regroupement familial au profit de sa fille B A.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né le 1er janvier 1967, est entré le
3 janvier 2017 sur le territoire français où il bénéficie d'un droit au séjour en application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Il a déposé le
20 septembre 2023 une demande de regroupement familial au profit de sa fille B née le
7 novembre 2014. Par un arrêté du 18 avril 2024, le préfet de la Marne a rejeté sa demande. Par le présent recours, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () " Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article
L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ".
3. Le requérant soutient qu'il perçoit un revenu annuel de 17 947 euros auquel il faudrait ajouter une somme de 743,13 euros au titre des allocations familiales et une somme annuelle de 6 335 euros provenant d'une bourse perçue par sa fille. Toutefois, le texte précité exclut expressément les allocations familiales du calcul des revenus à prendre en compte pour l'appréciation des ressources d'un étranger souhaitant bénéficier du regroupement familial, alors que les bourses dont bénéficie la fille du requérant, qui ne sont pas perçues directement par le requérant ou son conjoint, ne peuvent pas plus être prises en compte. Déduction faite de ces sommes, les ressources de M. A, qui s'établissent, selon ses écritures, à un revenu mensuel approchant 1 500 euros sont inférieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance fixé à 2 054,17 euros pour une famille comparable. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est présent depuis plus de cinq ans sur le territoire français accompagné de son épouse et de leurs trois enfants nés en Italie tous scolarisés en France dont l'un d'entre eux bénéficie d'une bourse. En outre, il exerce en tant qu'agent de service dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis novembre 2022 et dispose d'un logement propre. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que, depuis son arrivée en France en 2017, le requérant ait entretenu des relations avec sa fille restée au Maroc et qui n'a pas accompagné le reste de la famille lors de son départ pour l'Europe. Il suit de là que la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. A ne peut pas utilement se prévaloir d'une méconnaissance de ces stipulations au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Marne a refusé sa demande d'autorisation de regroupement familial laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de prononcer son éloignement dans son pays d'origine. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
O. ALVAREZ
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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