lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401260 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | SEGAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Segaud-Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de reconnaître son droit au maintien sur le territoire français et de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour d'une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été signé par un auteur dont la compétence n'est pas démontrée ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête de Mme B a été communiquée au préfet des Ardennes, qui n'a pas présenté d'observations, mais a produit des pièces, enregistrées le 30 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Mme B, assistée d'un interprète en anglais, qui indique, d'une part, craindre pour sa vie en cas d'exécution de la décision d'éloignement et, d'autre part, qu'elle a suivi le programme qui lui était fixé dans le cadre de son parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, qu'elle suit une formation linguistique en français, qu'elle a travaillé dans les vendanges mais qu'il est difficile de trouver un emploi stable en raison de son manque d'expérience professionnelle.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante nigériane née le 25 décembre 1992, qui déclare être entrée sur le territoire français le 12 juillet 2019, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 septembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 février 2022. Par un courrier du 15 décembre 2023, le préfet des Ardennes a informé Mme B que sa demande de renouvellement de son engagement dans un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, présentée sur le fondement de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée dès lors que son objectif d'insertion professionnelle nécessaire à la consolidation de son intégration n'était pas atteint. Par un arrêté du 3 mai 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet des Ardennes l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 13 juillet 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, le préfet des Ardennes a donné délégation à M. Joël Dubreuil, secrétaire général de la préfecture des Ardennes, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département des Ardennes, à l'exception de certains actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". L'article L. 613-2 de ce même code dispose que : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code, lequel est applicable au cas d'espèce : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. L'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait relatives à la situation administrative et personnelle de Mme B, qui le fondent. Dans ces conditions, le moyen tiré de son insuffisance ne peut être qu'écarté.
6. En troisième lieu, l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger victime des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal qui, ayant cessé l'activité de prostitution, est engagé dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle mentionné à l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles, peut se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée minimale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ". Et aux termes de l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles : " () / II.- Un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est proposé à toute personne victime de la prostitution, du proxénétisme et de la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle. () / La personne engagée dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle peut se voir délivrer l'autorisation provisoire de séjour mentionnée à l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. () / Le renouvellement du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est autorisé par le représentant de l'Etat dans le département, après avis de l'instance mentionnée au second alinéa du I et de l'association mentionnée au premier alinéa du présent II. La décision de renouvellement tient compte du respect de ses engagements par la personne accompagnée, ainsi que des difficultés rencontrées. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été autorisée à bénéficier du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle par une décision du 25 novembre 2022 du préfet des Ardennes, renouvelée par une décision du 30 mai 2023. Par une décision du 15 décembre 2023, le préfet, après avoir constaté que l'objectif d'insertion professionnelle nécessaire à la consolidation de l'intégration de Mme B n'était pas atteint, n'a pas renouvelé l'autorisation dont elle bénéficiait. Pour critiquer cette décision, elle soutient qu'elle a toujours fait preuve d'un parfait investissement dans les démarches qui lui étaient proposées, en suivant notamment des cours de français, en recherchant activement un emploi ou une formation, et en exerçant ponctuellement des activités professionnelles saisonnières aux vendanges. Toutefois, les éléments qu'elle produit ne permettent pas d'attester d'une intégration ou d'une insertion sociale et professionnelle suffisantes et en particulier au titre du travail. Dès lors, Mme B, qui ne démontre pas avoir atteint l'objectif d'insertion professionnelle qui lui était fixé, ou avoir entamé des démarches en ce sens par l'envoi de candidatures à de potentiels employeurs, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions suscitées des articles L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles. Le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Mme B fait valoir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquelles il a été pris. Il ressort des pièces du dossier et de ses propres allégations que Mme B vit seule et est sans enfant à charge. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, elle ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français. Elle ne justifie pas davantage avoir des relations stables et intenses avec des personnes y séjournant de manière régulière. Dans ces conditions, rien ne fait obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement litigieuse et à ce qu'elle construise sa vie dans tout pays au sein duquel elle serait admissible. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté querellé méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté comme infondé.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Et aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
11. Mme B se prévaut de craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, ou en cas de départ pour tout autre pays au sein duquel elle serait admissible, en raison de son appartenance passée à un groupe de prostitution forcée au Nigéria, qui a poursuivi ses activités en Europe. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté sa demande d'asile et les éléments qu'elle produit dans la présente instance ne permettent pas de tenir ses allégations pour établies. Il suit de là que le moyen soulevé, tiré de la méconnaissance, par l'arrêté litigieux, des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme infondé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B ne peuvent être que rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction et sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Julie Segaud-Martin et au préfet des Ardennes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
S. MÉGRET
La greffière,
Signé
S. VICENTE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026