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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401265

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401265

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2024 et 11 juin 2024, Mme C B, représentée par Me Gaffuri, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision refusant le séjour est insuffisamment motivée dès lors que les motifs ne sont pas suffisamment précis et circonstanciés ;

- elle entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision de refus de délivrance du titre de séjour entache d'illégalité cette décision ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, née le 11 septembre 1977, est entrée en France le 3 novembre 2022 sous couvert d'un visa court séjour " touristique " valable du 21 octobre 2022 au 19 novembre 2022. Elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire à l'expiration de son visa. Elle a déposé le 19 décembre 2022 un titre de séjour mention " étranger malade " auprès de la préfecture de l'Aube. Par un arrêté du 30 avril 2024, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée. Par le présent recours, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Il ressort de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 mai 2023 que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, elle pouvait voyager sans risque. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu de consultation au sein du centre hospitalier de Troyes le 21 septembre 2023 que la requérante présente une infection de l'immunodéficience humaine (VIH) diagnostiquée en 2020. Il ressort également d'un courriel adressé à l'animatrice accompagnant la requérante par le laboratoire Gilead, élément non contesté en défense par la préfète de l'Aube, que le traitement prescrit à la requérante par " Biktarvy " qui est une association de trois antiviraux (emtricitabine, ténofivir alafénamide et bictégravir) n'est pas disponible en Côte d'Ivoire. En outre, selon un rapport médical du 5 juin 2024 établi un médecin de l'établissement public hospitalier de Port-Bouët indique qu'un second traitement associant trois autres antiviraux ténofovir (TDF), lamivudine (3TC) et dolutégravir (DTG), qui pourrait lui être substituable, " est constamment en rupture en Côte d'Ivoire () ". Si comme le soutient la préfète de l'Aube, ce dernier document a été établi postérieurement à la décision en litige, il est révélateur d'une situation antérieure. Dans ces conditions, eu égard à la teneur et à l'origine des documents produits aux débats et à la circonstance que la préfète de l'Aube ne fait pas valoir dans ses écritures qu'un autre traitement serait substituable à ceux qui s'avèrent indisponibles en Côte d'Ivoire, la requérante remet en cause de façon suffisamment sérieuse l'avis du collège des médecins de l'OFII et est fondée à soutenir que le préfète de l'Aube a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Aube du 30 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. L'exécution du présent jugement, eu égard à son motif, implique que la préfète de l'Aube délivre un titre de séjour d'un an portant la mention " étranger malade " à Mme B dans un délai d'un mois à compter de sa notification et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Gaffuri, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gaffuri de la somme de 1 200 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que l'Etat demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de délivrer un titre de séjour mention " étranger malade " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement à Mme B et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gaffuri la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gaffuri renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Les conclusions présentées par la préfète de l'Aube, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à la préfète de l'Aube et à Me Gaffuri.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. A

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

N°2401265

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