mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401287 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 30 mai 2024, enregistrée au greffe du tribunal le 31 mai 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée pour M. A se disant C D.
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 23 mai 2024, complétée par un mémoire enregistré le 1er juin 2024, M. A se disant C D, représenté par Me Saidi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° BE 2024-143-004 du 22 mai 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;
2°) d'annuler l'arrêté n° BE 2024-143-005 du 22 mai 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter les mardis, jeudis et vendredis à 10 heures à la brigade de gendarmerie de Romilly-sur-Seine ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Concernant l'obligation de quitter le territoire français :
- le signataire est incompétent
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas pris en compte sa situation personnelle ;
- elle est intervenue sans qu'il ait été entendu, en méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il a accompli des démarches en vue de sa régularisation et une demande était en cours ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Concernant l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée ;
Concernant l'assignation à résidence :
- le signataire est incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne peut pas être prise en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 11 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
1. M. D, ressortissant tunisien né le 24 avril 1996 qui dit être entré en France le 2 août 2018 et qui réside à Savigny-sur-Orge (Essonne), demande l'annulation des arrêtés du 22 mai 2024 par lesquels la préfète de l'Aube d'une part l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et d'autre part l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter les mardis, jeudis et vendredis à 10 heures à la brigade de gendarmerie de Romilly-sur-Seine.
Sur le moyen commun aux deux arrêtés :
2. Par un arrêté n° PCICP 2024089-0004 du 29 mars 2024, visé par les deux décisions attaquées, régulièrement publié le même jour au recueil n°040 des actes administratifs de la préfecture et aisément accessible sur le site internet de la préfecture, la préfète de l'Aube a donné délégation à Mme F B, directrice de de la citoyenneté, de la légalité et des collectivités locales à l'effet de notamment signer tous les arrêtés relevant des attributions de sa direction, au nombre desquelles figures les mesures relatives à la police des étrangers, et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme G E, cheffe du service des étrangers, signataire des arrêtés contestés. Il n'est nullement établi que Mme B était absente ou empêchée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :
3. La décision en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète de l'Aube s'est fondée pour prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en cause doit être écarté.
4. L'absence de mention d'une demande de régularisation de sa situation déposée par le requérant le 15 février 2022 ne saurait établir un défaut d'examen particulier de sa situation.
5. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
6. Il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, de sorte que l'étranger ne saurait tirer de ces stipulations un droit d'être entendu dans toute procédure relative à sa situation.
7. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ", et l'article R. 432-2 de ce code énonce que " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".
8. Il résulte de ces dispositions que la demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée le 15 février 2022 a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, et ne saurait faire obstacle à l'éloignement du requérant. La circonstance que les services de la préfecture de l'Essonne ont invité le requérant à actualiser sa demande par un message du 9 janvier 2024 et que celui-ci y a procédé le 21 février 2024 est sans incidence sur l'existence d'une décision implicite de rejet, le préfet ne disposant pas du pouvoir de déroger aux délais fixés par les dispositions citées au point précédent.
9. M. D mentionne la présence en France de deux frères sans apporter la moindre précision sur l'intensité de ses liens avec ces personnes, alors qu'il indique que sa mère demeure en Tunisie. Il établit se trouver en France depuis 2018 et produit des bulletins de paye attestant d'une activité professionnelle depuis le mois de juillet 2021. Toutefois, au vu du caractère relativement récent de son séjour en France et en l'absence de tout élément concernant son intégration en France autre que le fait d'occuper un emploi depuis moins de trois ans, la décision en cause n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour :
10. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
11. L'arrêté en cause ne précise aucunement les motifs justifiant le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée maximale de cinq ans. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen invoqué à l'encontre de cette décision, elle doit être annulée.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision d'assignation à résidence :
12. D'une part, la décision d'assignation à résidence précise le fondement légal sur lequel elle a été prise, fait état de l'obligation de quitter le territoire français, expose les raisons pour lesquelles il ne peut être procédé immédiatement à cet éloignement et constate que celui-ci demeure une perspective raisonnable. Elle est ainsi suffisamment motivée.
13. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision d'assignation à résidence prise à son encontre n'est pas fondée sur l'interdiction de retour sur le territoire français, mais sur l'obligation de quitter le territoire français.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
15. Cette annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
16. L'Etat n'étant pas, pour l'essentiel, partie perdante, les conclusions de la requête tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° BE 2024-143-004 du 22 mai 2024 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Aube.
Rendu public par une mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
A. DESCHAMPS
La greffière,
Signé
S. VICENTE
N°2401287
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026