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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401293

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401293

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de Mme C, ressortissante colombienne, qui contestait le refus de titre de séjour opposé par la préfète de la Haute-Marne. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'un défaut de motivation, estimant que l'arrêté comportait les considérations de droit et de fait nécessaires. Il a également jugé que la décision ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ni les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour la requérante de justifier d'une insertion professionnelle ou de liens personnels suffisamment intenses et stables en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, Mme B C, représentée par Me Opyrchal, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation dès lors qu'il ne mentionne pas les éléments de fait relatifs à sa situation administrative et personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante colombienne, née le 28 décembre 1991, est entrée régulièrement en France le 9 mai 2018. Elle a déposé une demande d'admission au titre de l'asile le 4 février 2021 laquelle a été rejeté par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 14 décembre 2021, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile le 29 juin 2022. Elle a sollicité son admission au séjour le 19 juin 2023. Par un arrêté du 19 mars 2024, la préfète de la Haute-Marne a rejeté sa demande. Par sa requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté refusant un titre de séjour à Mme C vise notamment les stipulations de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision, qui n'était pas tenue de faire référence de manière exhaustive à l'ensemble des éléments portés à la connaissance de la préfète, relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de défaut de motivation doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Mme C se prévaut de sa présence continue en France depuis son arrivée le 9 mai 2018, de sa connaissance des valeurs de la République et de son insertion dans la société française de par la scolarisation de ses enfants. En outre, elle soutient que le centre de ses intérêts et de ses liens familiaux sont situés en France du fait de la présence de ses deux enfants, dont l'un est né sur le territoire, et de son époux. Toutefois, alors que sa durée de présence en France est principalement liée au délai d'instruction de sa demande d'asile tout comme celle de son époux dont la demande d'admission au séjour a été rejetée, elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle sur le territoire français. En se bornant à produire une attestation d'une enseignante relative à la scolarité de son fils aîné et une attestation de la responsable du centre communal d'action sociale de la commune de Joinville indiquant ses progrès dans la pratique de la langue française et l'attention portée à ses enfants, elle n'établit davantage avoir tissé des liens intenses et stables sur le territoire. Enfin, il ressort des termes même de la requête qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et son père et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant sera écarté.

6. Mme C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas formé de demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. Eu égard à ce qui vient d'être dit au point 4, et alors que Mme C ne se prévaut d'aucun motif exceptionnel ou de considérations humanitaires de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions par la préfète doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

O. A

Le président,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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