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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401295

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401295

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2024, M. B A, représenté par

Me Malblanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Marne pour une durée de 45 jours renouvelable trois fois en lui faisant obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis, hors jours fériés, entre

9 heures et 10 heures au commissariat de police de Chaumont ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision de transfert qui fonde la décision attaquée est illégale du fait de l'irrégularité de procédure tenant à l'absence de preuve de la qualification de l'agent qui a mené l'entretien individuel.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le moyen invoqué n'est pas fondé, la décision de transfert étant devenue définitive, et que la décision attaquée n'est entachée d'aucune illégalité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 11 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps,

- et les observations de Me Malblanc, pour M. A, qui reprend ses observations écrites et ajoute que l'exception d'illégalité est recevable du fait de l'appel interjeté contre le jugement du tribunal.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe, né le 3 juin 2000, a fait l'objet d'un arrêté en date du 6 février 2024, par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités croates en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par jugement du

22 février 2024, le tribunal a rejeté sa requête dirigée contre cette décision. Il a relevé appel de ce jugement. Par un arrêté du 27 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Marne pour une durée de 45 jours renouvelable trois fois en lui faisant obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis entre 9 heures et 10 heures au commissariat de police de Chaumont. Il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :

4. A l'appui de sa contestation de la décision d'assignation à résidence, le requérant excipe de l'illégalité de l'arrêté de transfert du 6 février 2024. Cette décision individuelle, qui constitue la base légale de l'arrêté attaqué, n'est pas devenue définitive dès lors que, ainsi qu'il a été dit, le jugement par lequel le tribunal a rejeté la requête tendant à son annulation fait l'objet d'un appel qui est pendant. Cette exception d'illégalité est ainsi recevable.

5. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé du 26 juin 2013 :

" 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent () b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères () c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend (). ". Aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".

6. S'il ne résulte ni des dispositions citées au point précédent ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si M. A a été reçu en entretien individuel le

19 octobre 2023 à la préfecture du Bas-Rhin et qu'il a signé le résumé de cet entretien, ce compte-rendu, qui est seulement revêtu d'un cachet sommaire d'un service, ne contient aucune signature de la personne ayant mené l'entretien, aucune mention sur l'identité de cette personne, ni même de simples initiales désignant un agent de la préfecture nommément identifié ou identifiable. En se bornant à opposer l'irrecevabilité de l'exception d'illégalité, l'administration n'apporte aucun élément de nature à établir la qualité de cet agent. Dans ces conditions, l'entretien ne saurait être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013. Par suite, M. A, que cette irrégularité a privé d'une garantie, est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de transfert pour demander l'annulation de la décision d'assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui ne prononce pas l'annulation de la décision de transfert mais uniquement celle de la décision d'assignation à résidence, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant à qu'il soit enjoint sous astreinte à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation du requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. M. A a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances

de l'espèce, sous réserve que Me Malblanc, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive

de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement

à Me Malblanc de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 27 mai 2024 est annulé

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Malblanc renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Malblanc une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mathieu Malblanc et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

A. DESCHAMPSN. MASSON

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