mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MCMB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bricout, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le préfet de la Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir ou à défaut, de procéder à son instruction dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation dès lors que les motifs de la décision implicite de rejet ne lui ont pas été communiqués ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- il justifie désormais d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Oscar Alvarez a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. M. A, ressortissant centrafricain, né le 8 novembre 1986, est entré sur le territoire français le 21 novembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour. Par une demande déposée le 10 février 2023 complétée le 31 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été enregistrée le 7 septembre 2023. Le silence gardé par le préfet de la Marne pendant les quatre mois suivant cette date, sur cette demande a fait naitre une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision implicite.
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent sur le territoire depuis sept ans auprès de sa mère qui l'héberge et de sa sœur de nationalité française. Au demeurant, il est le père d'un enfant né le 19 mars 2024 postérieurement à la décision en litige qu'il avait reconnu de manière anticipée le 4 octobre 2023. Il justifie aider la mère de son enfant à hauteur de ses capacités par des virements réguliers allant de 30 à 200 euros. Il a également ouvert un livret A, au nom de son enfant, un mois après sa naissance. Il allègue, sans être contredit par le préfet de la Marne, qui n'a pas produit à l'instance, être dépourvu d'attaches en Centrafrique dès lors que ses trois frères ont quitté ce pays pour rejoindre la Guinée Equatoriale et le Burkina Faso. Dans ces circonstances et compte tenu de sa durée de séjour en France, des attaches dont il dispose sur le territoire, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Marne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite portant rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. A doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction
4. L'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, implique seulement que la demande de titre de séjour présentée par M. A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à ce réexamen et de prendre une décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige
5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite,
Me Bricout, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bricout de la somme de 1 200 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la situation de M. A et de prendre une décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bricout la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bricout renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Marne et à Me Bricout.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
O. ALVAREZ
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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