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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401328

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401328

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSEGAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2401328 le 6 juin 2024, M. G, représenté par Me Segaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à M. C, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale car il pouvait se maintenir sur le territoire français ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit d'observations.

II.Par une requête enregistrée sous le n°2401329 le 6 juin 2024, Mme F B, représentée par Me Segaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à Mme B, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale car elle pouvait se maintenir sur le territoire français dès lors qu'elle bénéficiait d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 22 mai 2024 ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A.

- les observations de M. C, qui soutient craindre des représailles en cas de retour dans son pays d'origine.

La clôture de l'audience a été différée au 21 juin 2024 à 11 heures.

Des pièces, présentées par Me Segaud, ont été enregistrées le 20 juin 2024 et communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. G et Mme F B, ressortissants congolais nés respectivement en septembre 1989 et en mai 1989, qui déclarent être entrés en France le 17 janvier 2023, ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 14 décembre 2023, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 26 mars 2024. Par deux arrêtés du 29 avril 2024, le préfet des Ardennes les a obligés à quitter le territoire, leur a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Les intéressés demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2401328 et n°2401329 susvisées sont relatives au droit au séjour d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre les requérants, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Les arrêtés litigieux énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. Ils sont, dès lors, suffisamment motivés. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

6. Il résulte des arrêtés en litige que les demandes d'asile des requérants ont été rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 26 mars 2024. Il résulte des dispositions précitées au point 5 que les requérants ne disposaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français à compter de la notification des décisions de la CNDA et que leurs attestations de demandeur d'asile qui leur ont été délivrée étaient à compter de cette date devenue caduque. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Si M. C et Mme B soutiennent avoir coupé toute relation avec leur pays d'origine et avoir construit leur vie en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'ils ne sont arrivés en France que très récemment en janvier 2023 et qu'ils n'établissent pas les liens dont ils se prévalent alors qu'ils ne sont pas dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard au caractère très récent de leur présence en France et à la possibilité de reconstituer leur cellule familiale dans tout pays où ils seraient admissibles et alors que la requérante allègue être enceinte, les arrêtés contestés ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

9. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si lors de l'audience, M. C s'est prévalu de craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement politique et a produit des documents pour établir ses craintes, sa demande d'asile a été rejetée le 26 mars 2024 et les pièces produites étant antérieures à cette décision, il a pu en faire état devant la CNDA. Dès lors, en l'absence d'élément nouveaux, il ne justifie pas qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

12. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile".

13. Les requérants, dont les demandes d'asile devant la Cour nationale du droit d'asile ont été définitivement rejetées par deux décisions du 26 mars 2024, ne peuvent utilement demander, dans la présente instance, la suspension de l'exécution des arrêtés du 29 avril 2024.

Sur les frais du litige :

14. Les requérants étant, dans la présente instance, les parties perdantes, leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C et Mme B sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. C et Mme B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G, Mme D B, Me Segaud et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S.MEGRET La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s2401328 et N°2401329

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