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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401334

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401334

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, Mme D C, représentée par Me Malblanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 avril 2024 par laquelle le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de parent d'enfant bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la réception de son titre de séjour, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa fille bénéficie de la protection subsidiaire ainsi que l'a reconnu l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de nationalité ivoirienne née le 25 mai 1995, est entrée en France le 4 avril 2022 selon ses déclarations. Le 19 mars 2024, elle a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par une décision du 2 avril 2024, le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer sa demande. Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile. ".

3. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. ". Selon l'article L. 424-11 du même code : " Une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ", identique à la carte prévue à l'article L. 424-9 délivrée à l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, est délivrée à : () / 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié. ".

5. Enfin, en vertu de l'annexe 10 à ce code, il appartient à l'étranger souhaitant déposer une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-11 précité de fournir la " décision de l'OFPRA ou de la CNDA attribuant le bénéfice de la protection subsidiaire à votre conjoint, partenaire, concubin ou enfant (uniquement si votre demande de titre est concomitante de celle du bénéficiaire de la protection subsidiaire) " ainsi qu'un " justificatif de votre lien familial avec le bénéficiaire de la protection subsidiaire : justificatif de mariage (copie intégrale de l'acte de mariage ou livret de famille) ou de l'union civile (copie du contrat d'union civile), justificatif de filiation pour les enfants et ascendants (copie intégrale de l'acte de naissance ou livret de famille pour les enfants légitimes, déclaration faite par le protégé subsidiaire ou l'ascendant de protégé subsidiaire à l'officier d'état-civil reconnaissant sa paternité ou sa maternité naturelle pour les enfants naturels, décision d'adoption pour les enfants adoptés) ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour déposée par Mme C sur le fondement de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Marne s'est basé sur le fait que la demande de protection subsidiaire déposée au nom de sa fille, A B, a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité le 6 février 2024 par l'OFPRA, qui a été notifiée le 29 février 2024. Il doit, ce faisant, être regardé comme ayant entendu fonder sa décision sur le caractère incomplet du dossier de demande, résultant du défaut de production de la décision de l'OFPRA ou de la Cour nationale du droit d'asile attribuant le bénéfice de la protection subsidiaire à son enfant.

7. Toutefois, il résulte des dispositions de l'annexe 10 précitée que la fourniture de la décision attribuant le bénéfice de la protection subsidiaire au conjoint ou à l'enfant du demandeur est uniquement exigée lorsque la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 424-11 est présentée concomitamment à celle du bénéficiaire de la protection subsidiaire. En outre, la requérante produit son dossier de demande de titre de séjour lequel comporte notamment la décision par laquelle l'OFPRA a rejeté la demande de réexamen de la demande de protection formulée au nom de sa fille pour irrecevabilité au motif que cette dernière était déjà réputée bénéficier de la protection subsidiaire par le biais de celle accordée à son père par décision du 15 mai 2023. La requérante justifie également avoir fourni aux services préfectoraux les éléments justifiant de son lien familial avec sa fille. Il s'ensuit que le préfet de la Marne disposait des éléments suffisants lui permettant de poursuivre l'instruction de la demande de Mme C laquelle est, dès lors, fondée à soutenir que son dossier de demande de titre de séjour était complet à la date à laquelle cette autorité a refusé de l'enregistrer. Ce moyen doit, par suite, être accueilli.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 avril 2024 du préfet de la Marne.

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Marne enregistre la demande de titre de séjour de Mme C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et lui délivre, dans l'attente de la décision prise à l'issue de l'examen de cette demande, une autorisation provisoire de séjour, qui, dès lors que le titre demandé n'est pas au nombre de ceux envisagés par l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à autoriser l'exercice d'une activité professionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir l'injonction susmentionnée d'une astreinte.

10. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Malblanc, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 avril 2024 par laquelle le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la décision prise à l'issue de l'examen de cette demande.

Article 3 : L'Etat versera à Me Malblanc une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au préfet de la Marne et à Me Malblanc.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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