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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401349

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401349

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantClaire LACHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. B C, représenté par Me Lachaux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne a prolongé, pour une durée de quarante-cinq jours, l'assignation à résidence dont il fait l'objet ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'article 2 de l'arrêté du 3 juin 2024 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lachaux, de la somme de 1 200 euros, hors taxe, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse ou il ne bénéficierait pas de l'aide juridictionnelle de lui verser la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé et comporte des indications incohérentes ;

- disposant d'un passeport valide, il ne remplit pas la première condition posée par l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne peut exiger qu'il démontre avoir entrepris des démarches pour se voir délivrer un passeport, alors qu'il dispose d'un tel document et que le préfet a demandé qu'il lui soit remis ;

- le préfet ne justifie pas que son éloignement soit une perspective raisonnable ;

- il ne présente aucun risque de fuite, la mesure en litige est donc dépourvue d'utilité ;

- l'obligation qui lui est faite de se présenter tous les jours au commissariat est disproportionnée et incompatible avec le suivi de ses études.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui, n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de M. C qui rappelle les étapes de son séjour en France et fait valoir ne pas avoir compris les motifs de la décision en litige.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

4. Pour motiver la décision de prolonger l'assignation à résidence de M. C, ressortissant guinéen, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 14 décembre 2023 par le préfet du Calvados, le préfet de la Marne retient, d'une part que l'exécution de la mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable, ce qui est un rappel du texte de l'article L731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non une motivation, et d'autre part, que M. C doit lui remettre un passeport en cours de validité et qu'un récépissé lui sera remis lors de ce dépôt, tout en indiquant, de manière contradictoire, que ce dernier sera placé en centre de rétention administrative s'il ne se conforme pas à l'obligation de se présenter dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêté en litige, au commissariat de Reims, en apportant la preuve des démarches qu'il a entreprises pour se voir délivrer un passeport. Enfin l'arrêté précise que l'intéressé " sera apprécié " comme présentant des garanties propres à prévenir les risques qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire qui lui est faite. Ces motivations contradictoires pour les unes et sibyllines pour les autres, ne permettent pas à M. C d'être informé des éléments qui ont été pris en compte par le préfet de la Marne pour prendre sa décision. Par suite, la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 3 juin 2024, prolongeant l'assignation à résidence de M. C, doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

6. Le présent jugement accorde, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle à M. C. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lachaux, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat versement à Me Lachaux, de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle est accordé à M. C.

Article 2 : l'arrêté du 3 juin 2024 du préfet de la Marne prolongeant, d'une durée de quatre-cinq jours l'assignation à résidence dont fait l'objet M. C, est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B C son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lachaux, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lachaux de la somme de 1 200 euros. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Lachaux et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

O. A La greffière,

Signé

S. VICENTE

No 2401349

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