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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401381

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401381

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 26 juin 2024, la société par actions simplifiée Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le maire de Reims s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 13 mars 2024 pour l'implantation d'une antenne relais de radiotéléphonie sur un terrain sis chemin des Pendants à Reims ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de Reims de lui délivrer une décision de non-opposition, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réinstruire sa déclaration préalable et de prendre une décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Reims une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors que M. A, son président, dispose du pouvoir d'ester en justice ;

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de l'intérêt public qui s'attache au déploiement du réseau de téléphonie mobile ; la société Free Mobile a une obligation de couverture de 98% de la population métropolitaine par ses installations d'ici janvier 2027 et de 99,6% d'ici décembre 2030 pour la 4G ; elle a une obligation d'assurer l'accès à son réseau 5G à partir de 3 000 sites à compter du 31 décembre 2022, à partir de 8 000 sites à compter du 31 décembre 2024 et à partir de 10 500 sites à compter du 31 décembre 2025 ainsi que l'obligation de couvrir le réseau autoroutier et les liaisons principales à compter du 31 décembre 2027 ; l'exécution de l'arrêté porte une atteinte grave et irréversible aux intérêts propres de la société Free Mobile ; le projet a pour objet de couvrir une partie du territoire et de la population de la commune non couverte par ses réseaux 3G, 4G et 5G ; les cartes de couverture produites présentent un caractère probant ; les cartes issues du site de l'ARCEP ou du site commercial ne permettent pas de remettre en cause les cartes produites à l'instance dès lors qu'elles sont moins précises et qu'elles ne tiennent compte ni des obstacles, ni du nombre d'utilisateurs ; il n'existe aucune obligation de partage des sites résultant de l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions l'article 9 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que l'arrêté ne précise pas les caractéristiques et les éléments auxquels il serait porté atteinte et que le projet ne porte pas atteinte à son milieu environnant ;

- il méconnaît l'article A8 du règlement du plan local d'urbanisme qui ne réglemente pas la hauteur des installations de relais de téléphonie mobile ;

- il méconnaît les articles R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme en faisant grief de ne pas fournir des éléments non prévus par le dossier de déclaration préalable ;

- il méconnaît l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme dès lors que les renseignements dont il est prétendu qu'ils auraient fait défaut n'ont pas été sollicités au cours de l'instruction ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que le choix de l'emplacement ne peut constituer un motif de refus ;

- les motifs ayant justifié la décision d'opposition étant infondés, il doit être enjoint au maire de Reims de délivrer une décision de non-opposition ou, à titre subsidiaire, de procéder à l'instruction de la déclaration préalable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, la commune de Reims conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable faute de justification de l'identité et de la fonction de son représentant légal et de son habilitation à introduire une action en justice ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dans la mesure où la société requérante n'établit pas que l'objectif de couverture de la population par le réseau 4G n'est pas atteint, où elle n'établit pas l'existence d'un risque imminent de sanctions administratives et financières, où elle ne justifie d'aucun retard par rapport aux autres opérateurs, ni d'aucun préjudice commercial justifiant l'implantation d'une nouvelle antenne dans de brefs délais, où les cartes produites ne présentent pas un caractère probant quant à l'absence de couverture du territoire alors que le site de l'ARCEP et le site commercial font état d'une excellente couverture, où elle ne justifie pas avoir accompli des diligences auprès d'autres opérateurs afin de rechercher une solution de partage ;

- l'arrêté a été pris par une autorité disposant d'une délégation de fonction et de signature du 7 février 2024 ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement du plan local d'urbanisme ; en l'absence de règles spécifiques applicables aux antennes relais, elles doivent respecter les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme ; il ne peut y être remédié par une prescription.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2401235 tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 du maire de Reims.

Vu :

- le code du commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Mach, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, juge des référés,

- et les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé le 13 mars 2024 auprès de la commune de Reims un dossier de déclaration préalable en vue de l'implantation d'une antenne relais de radiotéléphonie sur un terrain situé chemin des Pendants à Reims. Par un arrêté du 26 mars 2024, le maire de Reims s'est opposé à la déclaration préalable. Par la présente requête, la société Free Mobile demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 mars 2024 du maire de Reims.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Reims :

3. Les mandataires mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative ont qualité, devant les tribunaux administratifs, pour représenter les parties et signer en leur nom les requêtes et les mémoires sans avoir à justifier du mandat par lequel ils ont été saisis par leur client. La présentation d'une action par un de ces mandataires ne dispense pas le tribunal administratif de s'assurer, le cas échéant, lorsque la partie en cause est une personne morale, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour engager cette action. Une telle vérification n'est toutefois pas normalement nécessaire lorsque la personne morale requérante est dotée, par des dispositions législatives ou réglementaires, de représentants légaux ayant de plein droit qualité pour agir en justice en son nom.

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 227-6 du code de commerce, applicables aux sociétés par actions simplifiées, en vertu desquelles la société est représentée à l'égard des tiers par un président désigné dans les conditions prévues par les statuts qui est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société dans la limite de l'objet social, que ces personnes ont de plein droit qualité pour agir en justice au nom de leur société.

5. Il ressort des pièces du dossier que la présente requête a été introduite et signée par l'avocat mandaté par la société par actions simplifiée Free Mobile et mentionne qu'elle est présentée pour celle-ci, agissant en la personne de M. B A, son président. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut de qualité pour engager une action au nom de la société doit être écartée.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

7. D'une part, la société Free Mobile, qui a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur le territoire de la commune de Reims produit des cartes de couverture du territoire de cette commune, dont il ressort que le projet en litige a vocation à poursuivre le maillage des équipements de la société Free Mobile pour améliorer et étendre les réseaux de téléphonie mobile de troisième génération (3G), de quatrième génération (4G) et de cinquième génération (5G) sur le territoire de cette commune, lequel n'est que partiellement couvert par les réseaux de cet opérateur. Ces cartes et leur caractère probant ainsi que la réalité de la couverture partielle du territoire par l'opérateur Free Mobile ne sont pas utilement remis en cause par les informations données par la commune de Reims, lesquelles reposent sur les cartes mises en ligne sur le site de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) et sur le site commercial de l'opérateur, qui sont établies à partir de mesures théoriques, à titre indicatif et sans valeur contractuelle, ni par les allégations de la commune, laquelle se borne à faire état du défaut de preuve de l'absence d'atteinte des objectifs nationaux de l'opérateur en matière de 4G. D'autre part, si la commune de Reims fait valoir que la société requérante ne justifie d'aucun retard vis-à-vis des autres opérateurs et n'a effectué aucune diligence en vue d'une mutualisation des installations prévue à l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques, l'absence de recours à la mutualisation ne suffit en tout état de cause pas à caractériser le défaut d'urgence. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau et à la circonstance que le territoire de la commune de Reims n'est que partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile de la société requérante, et alors même que la société Free Mobile ne justifie pas d'un risque de sanctions administratives, financières ou d'un préjudice commercial, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :

8. Aux termes de l'article 9 des règles communes du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Reims : " Prescriptions relatives à l'insertion dans le contexte. () Antennes et pylônes : Les antennes, y compris les paraboles, doivent être intégrées dans le volume des constructions sauf impossibilité technique. Dans ce cas, elles sont positionnées de façon à réduire leur impact, notamment lorsqu'elles sont vues depuis les voies ou les espaces publics. Les pylônes doivent être étudiés de manière à s'insérer dans le paysage. ".

9. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour s'opposer à la déclaration préalable, le maire de Reims s'est fondé sur un unique motif tiré de l'atteinte portée par le projet, par son absence de justification de l'impossibilité technique d'être intégré aux constructions existantes et par sa hauteur, au caractère des lieux en méconnaissance de l'article 9 des règles communes du règlement du plan local d'urbanisme.

10. Le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaît l'article 9 des règles communes du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Reims est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens soulevés par la société Free Mobile et tirés de l'incompétence du signataire de l'acte, de la méconnaissance des articles R. 423-22, R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme, de la méconnaissance de l'article A8 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'erreur de droit commise en appréciant l'opportunité du choix d'emplacement, ne sont pas en l'état de l'instruction de nature à faire naître un tel doute.

12. Il résulte de ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le maire de Reims s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. La présente ordonnance implique nécessairement que le maire de Reims prenne, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société Free Mobile. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Reims d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par la commune de Reims. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Reims le versement à la société Free Mobile de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 26 mars 2024 du maire de Reims est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Reims de prendre, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Reims versera à la société Free Mobile la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Reims au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Free Mobile et à la commune de Reims.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 28 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

A-S MACH

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