lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | AOUIDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, Mme B C, représentée par Me Aouidet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a assignée à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, ou de la même somme, à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le préfet s'est fondé sur des dispositions abrogées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son arrêté est, par suite, dépourvu de base légale ;
- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- le préfet des Ardennes a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une erreur de droit ;
- il s'est abstenu de procéder à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- la décision en litige est disproportionnée et c'est à tort que le préfet a estimé qu'elle présentait un risque de se soustraite à la mesure d'éloignement ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus à l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Aouidet qui reprend à l'oral les moyens et conclusions contenus dans ses écritures.
Les parties ont été informées, à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version antérieure à la loi du 26 janvier 2024 par la version ultérieure à cette loi de ce même article.
Me Aouidet, en réponse à l'information précitée, rappelle que la substitution de base légale est une faculté pour le juge et non une obligation et qu'il n'appartient pas au juge administratif d'intervenir en qualité d'administrateur pour corriger les erreurs de l'administration.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction en vigueur avant le 28 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". A compter du 28 janvier 2024, l'article L.731-1 dudit code prévoit : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
5. En l'espèce, le préfet des Ardennes a fait, à tort, application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur jusqu'au 28 janvier 2024. Ces dispositions ont été modifiées par la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration et n'étaient, dès lors, plus applicables à la date de l'arrêté en litige. Toutefois, alors que le préfet disposait du même pouvoir d'appréciation au titre des dispositions issues de la loi précitée et que l'intéressée disposait des mêmes garanties, il y a lieu de substituer les nouvelles dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles abrogées.
6. il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de base légale commise par le préfet ne peut être qu'écarté.
7. L'arrêté en litige vise les textes dont le préfet a entendu faire application et les circonstances de fait qu'il a retenues pour prendre sa décision. Il est, par suite, suffisamment motivé.
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de l'intéressée ne demeurerait pas une perspective raisonnable. La seule circonstance qu'une première assignation à résidence d'une durée de quarante-cinq jours a été prise sans aboutir à l'éloignement recherché, ne permet pas d'établir que la perspective précitée serait inexistante.
9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet des Ardennes ne serait pas livré à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme C ;
10. L'intéressée fait valoir que le préfet des Ardennes ne peut lui opposer l'existence d'un risque qu'elle se soustrait à la mesure d'éloignement dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale et qu'elle a toujours respecté les obligations qui lui ont été imposées. Toutefois, il résulte des termes de l'arrêté contesté que, pour prononcer la mesure d'assignation à résidence, le préfet des Ardennes ne s'est pas fondé sur le risque qu'elle se soustrait à la mesure d'éloignement. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation du risque de soustraction à la mesure d'éloignement.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. La mesure d'assignation à résidence contestée prévoit que la requérante doit se présenter les mardis, jeudis et dimanches au commissariat de Charleville-Mézières entre 17h00 et 18h00. Mme C se prévaut de sa résidence en France depuis huit années ainsi que de la présence de son époux et de leurs trois enfants, dont les deux derniers sont nés en France. Toutefois, l'arrêté contesté, qui prononce son assignation à résidence dans le département des Ardennes, n'a pas pour objet, ni pour effet de séparer la requérante de sa famille. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant ces modalités de contrôle, le préfet des Ardennes aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 doit également être écarté.
13. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
14. Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imposées par l'autorité administrative en vertu des articles L. 733-1 et R. 733-1 précités, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
15. La décision en litige impose à Mme C de venir trois fois par semaine entre 17H00 et 18H00, à se présenter au commissariat de Charleville-Mézières. Alors que cette obligation est restreinte et que l'horaire choisi permet au mari de la requérante qui exerce une activité professionnelle d'être présent à leur domicile pour garder les enfants pendant que son épouse se rend au commissariat, le préfet n'a pas imposé des exigences qui seraient disproportionnées au regard du but poursuivi en assignant l'intéressée à résidence.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation, d'injonction et présentées au titre des frais de l'instance de Mme C ne peuvent être que rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle est accordé à Mme C.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Aouidet et au préfet des Ardennes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
O. A La greffière,
Signé
S. VICENTE
No 2401383
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026