mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401392 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, complétée par un mémoire enregistré le 1er juillet 2024, Mme C B, maire de Jussécourt-Minécourt (Marne), agissant en tant qu'agent de l'Etat, demande au tribunal sur le fondement des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, de déclarer démis d'office de son mandat de conseiller municipal M. Clément Rollot.
Elle soutient que M. A, qui s'était porté volontaire pour exercer les fonctions d'assesseur du bureau de vote le 9 juin 2024 pour les élections européennes pour la tranche horaire de 8 heures à 10 heures 30, a fait savoir l'avant-veille du jour du scrutin qu'il serait absent sans avancer de motif.
Par des mémoires en défense enregistrés le 24 juin 2024 et le 4 juillet 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A conclut au rejet de la requête et au prononcé d'une sanction contre Mme B.
Il fait valoir qu'il a respecté l'article R. 45 du code électoral et le guide du bureau de vote en trouvant un remplaçant conformément aux usages en vigueur dans la commune, qu'il n'a pas été régulièrement convoqué et qu'il n'a pas été informé des conséquences que pouvaient emporter son refus.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code électoral ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deschamps,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, maire de Jussécourt-Minécourt.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, maire de la commune de Jussécourt-Minécourt (Marne), a saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne sur le fondement des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales afin qu'il prononce la démission d'office de M. Clément Rollot, conseiller municipal, au motif qu'il a refusé, sans excuse valable, de remplir les fonctions d'assesseur dans le bureau de vote de la commune pour les élections européennes du 9 juin 2024.
2. Aux termes de l'article R. 42 du code électoral : " Chaque bureau de vote est composé d'un président, d'au moins deux assesseurs et d'un secrétaire choisi par eux parmi les électeurs de la commune. [] ". Aux termes de l'article R. 44 du même code : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / -Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau, puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 45 de ce code : " Chaque conseiller municipal assesseur peut également désigner son suppléant, soit parmi les autres conseillers municipaux, soit parmi les électeurs de la commune ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte, soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an. ", et selon l'article R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Dans les cas prévus à l'article L. 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui, en vertu de l'article R. 44 du code électoral, peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal, compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Un membre du conseil municipal ne peut se soustraire à cette obligation que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable.
4. En premier lieu, M. A était présent lors du conseil municipal du 6 mai 2024 au cours duquel a été arrêtée l'organisation du bureau de vote de la commune de Jussécourt-Minécourt pour le scrutin du 9 juin 2024 en vue de la désignation des représentants au parlement européen, et il a accepté d'exercer les fonctions d'assesseur pour la tranche horaire de 8 heures à 10 heures 30, ainsi qu'en atteste le procès-verbal de ce conseil municipal. Si des modifications concernant d'autres tranches horaires sont intervenues le 7 juin 2024, elles ne concernaient pas la tranche horaire pour laquelle M. A s'était porté volontaire. Il n'est ainsi pas fondé à faire valoir qu'il n'aurait pas été régulièrement convoqué pour exercer ces fonctions.
5. En deuxième lieu, le refus de M. A d'exercer les fonctions d'assesseur d'un bureau de vote résulte non d'une abstention persistante mais d'une information expresse de sa part par un courriel du 7 juin 2024. Les dispositions précédemment citées de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales n'imposaient, ainsi, pas à la maire de la commune de Jussécourt-Minécourt d'avertir au préalable M. A des conséquences éventuelles de ce refus.
6. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, M. A a averti la maire de son absence le jour du scrutin par un courriel du 7 juin 2024, et il a ainsi manifesté son refus de remplir les fonctions d'assesseur, sans invoquer aucune excuse à son absence. Il entend se prévaloir de ce que, par le même courriel, il a proposé, en application des dispositions de l'article R. 45 du code électoral, une remplaçante qui a effectivement exercé la fonction d'assesseur pendant la tranche horaire considérée, de sorte que l'organisation du scrutin n'a nullement été perturbée. Cette circonstance est cependant sans incidence sur son refus d'exercer, en sa qualité de membre du conseil municipal, une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A doit être déclaré démissionnaire d'office de ses fonctions de conseiller municipal de la commune de Jussécourt-Minécourt.
8. Dans le dernier état de ses écritures, M. A demande que soit prononcée une sanction à l'encontre de Mme B. Toutefois, aucune disposition ni aucun principe ne confient au juge administratif le pouvoir de prononcer une telle sanction. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est déclaré démissionnaire d'office de ses fonctions de conseiller municipal de la commune de Jussécourt-Minécourt.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Clément Rollot et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information à Mme C B, maire de Jussécourt-Minécourt, et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Amelot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
P-H. MALEYRELe président-rapporteur,
Signé
A. DESCHAMPSLa greffière,
Signé
I. ROLLAND
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