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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401394

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401394

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantMERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 13 juin et 17 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Merger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaquée est entaché d'un vice de compétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, d'autant plus qu'il ne représente pas de menace pour l'ordre public ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 16 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,

- et les observations de M. A, qui réitère la circonstance qu'il a sollicité le bénéfice d'une autorisation de travail, laquelle ne lui a pas été délivrée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 21 novembre 2003, qui déclare être entré sur le territoire français au mois de juin 2016, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 12 juillet 2016. Le 6 janvier 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au bénéfice des ressortissants étrangers pris en charge par l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par la préfète de la Haute-Marne, par un arrêté du 1er août 2022. Par un jugement devenu définitif du 16 mars 2023, le tribunal administratif de céans a rejeté la requête en annulation à l'encontre de cet arrêté. Par un nouvel arrêté du 27 mai 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de la Haute-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'issue de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant, qui est déjà représenté par un avocat, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

3. En deuxième lieu, par un arrêté n° 52-2024-01-00146 du 31 janvier 2024, régulièrement publié le même jour dans le recueil des actes administratifs de la préfecture sous le numéro 9 bis, la préfète de la Haute-Marne a donné délégation à M. Guillaume Thirard, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant de la compétence de l'État dans le département et en particulier les arrêtés, décisions, mémoires et requêtes pris en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de M. C doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". L'article L. 613-2 de ce même code dispose que : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code, lequel est applicable au cas d'espèce : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. En particulier, cet arrêté rappelle le parcours de M. A depuis son arrivée en France et notamment sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, le rejet de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 432-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de sa faible intégration. Il s'ensuit que l'arrêté qui comprend suffisamment d'éléments sur sa situation personnelle, est suffisamment motivé. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. En dépit de son ancienneté sur le territoire français où il est entré à l'âge de douze ans, M. A n'établit pas entretenir de relations stables et intenses avec des personnes y séjournant régulièrement. Il n'établit pas davantage, en dépit de ce qu'il allègue, qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, la situation de M. A en France semble précaire, puisqu'au cours de l'audience, il a déclaré subsister à l'aide de ses amis et travailler " au noir ". En outre, par un jugement n° 2202307 du 16 mars 2023, devenu définitif, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa requête formée à l'encontre de l'arrêté du 1er août 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Depuis lors, M. A se maintient en situation irrégulière et n'a pas cherché à régulariser sa situation par le dépôt d'une demande de titre de séjour sur un autre fondement. En outre, si M. A allègue qu'une demande d'autorisation de travail aurait été déposée, il ressort des pièces du dossier que si une demande de formulaire Cerfa a été formulée à cet effet, en revanche, il n'est pas contesté qu'aucune demande d'autorisation de travail en retour n'a été ensuite déposée auprès des services de la préfecture. Enfin, outre son justificatif de niveau A1 en langue française, M. A ne fait pas état d'une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté querellé porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Lorsque la loi prescrit qu'un ressortissant étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

9. Si M. A, qui mentionne les dispositions suscitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entendait se prévaloir de leur méconnaissance, il ne démontre pas avoir sollicité une admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement. Par suite, il ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour critiquer l'arrêté litigieux.

10. En sixième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 7 que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté querellé serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle. Le moyen doit donc être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. M. A fait valoir qu'il a été témoin de massacres dans son pays d'origine et a rejoint la France après un périple particulièrement dangereux de plus de 6 000 kilomètres, ayant traversé des déserts, ayant connu la faim, la soif, ainsi que des arrestations par des militaires. Toutefois, en dépit de ses allégations, M. A n'apporte, dans la présente instance, aucun élément permettant de justifier de la réalité des craintes dont il se prévaut en cas de retour au Pakistan, qui seraient liées à des conflits familiaux et à la situation générale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen soulevé, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

14. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français que M. A conteste se fonde sur les dispositions suscitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité administrative d'obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque celui-ci, ne pouvant justifier y être entré régulièrement, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il ressort des termes mêmes de cet arrêté que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2016, que, par un arrêté du 1er août 2022, devenu définitif, sa demande d'admission au séjour a été rejetée et que, depuis cette date, il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français. Si M. A se prévaut de ce qu'il aurait cherché à régulariser sa situation en introduisant une demande d'autorisation de travail, cette circonstance, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux dès lors qu'une telle autorisation ne vaut pas titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 11, M. A ne démontre pas non plus que l'exécution de cet arrêté porterait à son droit à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni la réalité des craintes dont il se prévaut en cas de retour au Pakistan. Il suit de là, alors même que M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public comme cela est indiqué dans l'arrêté en litige pour l'édiction de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète pouvait prendre à son encontre l'arrêté contesté sans l'entacher d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen ne peut être qu'écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A ne peuvent être que rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Charles-Éloi Merger et à la préfète de la Haute-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

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