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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401433

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401433

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP SAMMUT CROON JOURNÉ-LÉAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, complétée par des mémoires enregistrés le 3 juillet 2024 et le 4 juillet 2024, M. A G, maire d'Ecury-sur-Coole (Marne), agissant en tant qu'agent de l'Etat, demande au tribunal sur le fondement des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, de déclarer démis d'office de leurs mandats de conseillers municipaux Mme N L, M. F I, M. C J, M. D M, M. K B et M. H E, au motif que ceux-ci auraient refusé sans excuse valable de tenir le bureau de vote en qualité d'assesseur lors des élections européennes du 9 juin 2024.

Il soutient que ces six conseillers municipaux ont décliné la tenue du bureau de vote pour des motifs futiles voire sans répondre aux nombreux mails, et qu'il a fallu faire appel à des administrés extérieurs et précise que M. I a présenté sa démission reçue le 4 juillet 2024.

Par un mémoire enregistré le 2 juillet 2024, M. M doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a attendu que le tableau des tours de garde soit complet pour décider de sa présence, le jour du scrutin, à un mariage auquel il avait prévu de longue date d'assister, que deux conseillères municipales étaient disponibles pour prendre des créneaux supplémentaires, qu'il s'est porté candidat pour tenir le bureau de vote lors des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024, que la communication avec le maire est difficile en raison des procédures engagées, que d'autres conseillers municipaux n'ont pas fait l'objet d'une demande de sanction malgré leur absence à des scrutins antérieurs et que sa démission d'office vise à éviter la tenue d'un vote de confiance.

Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, M. E doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il se trouvait à un mariage le jour du scrutin, que tous les postes d'assesseurs avaient été pourvus et qu'il s'est inscrit pour tenir le bureau de vote lors des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024.

Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2024, Mme L, M. J, M. M, M. B et M. E, représentés par Me Sammut, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. G, ou à titre subsidiaire de la commune d'Ecury-sur-Coole, une somme de 600 euros à verser à chacun d'eux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que M. G n'a pas qualité pour agir faute de mandat du conseil municipal, que l'action engagée est entachée de détournement de pouvoir, que le nombre d'assesseurs requis avait été atteint la veille du scrutin, qu'aucune mise en demeure ne leur a été adressée et que chacun avait indiqué un motif valable expliquant leur indisponibilité.

Par un courrier du 4 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être pour partie fondé sur le moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur la demande de démission d'office de l'élu démissionnaire.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code électoral ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,

- les observations de M. G, maire d'Ecury-sur-Coole,

- et les observations de Me Sammut, représentant Mme L, M. J, M. M, M. B et M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, maire de la commune d'Ecury-sur-Coole (Marne), a saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne sur le fondement des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales afin qu'il prononce la démission d'office de six conseillers municipaux, au motif qu'ils auraient refusé, sans excuse valable, de remplir les fonctions d'assesseur dans le bureau de vote de la commune pour les élections européennes du 9 juin 2024.

2. Aux termes de l'article R. 42 du code électoral : " Chaque bureau de vote est composé d'un président, d'au moins deux assesseurs et d'un secrétaire choisi par eux parmi les électeurs de la commune. () ". Aux termes de l'article R. 44 du même code : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau, puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte, soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an. ", et selon l'article R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Dans les cas prévus à l'article L. 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui, en vertu de l'article R. 44 du code électoral, peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal, compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Un membre du conseil municipal ne peut se soustraire à cette obligation que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable.

Sur la demande de démission d'office de M. F I :

4. Aux termes de l'article L. 2121-4 du code général des collectivités territoriales : " Les démissions des membres du conseil municipal sont adressées au maire. / La démission est définitive dès sa réception par le maire, qui en informe immédiatement le représentant de l'Etat dans le département. ".

5. Il résulte de l'instruction que M. I a présenté sa démission du conseil municipal par un courrier reçu le 4 juillet 2024. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée sa démission d'office sont devenues sans objet, et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les demandes de démission d'office de Mme N L, de M. C J, de M. D M, de M. K B et de M. H E :

6. Il résulte de l'instruction que deux mails ont été adressés à l'ensemble des conseillers municipaux le 23 mai 2024 et le 28 mai 2024 pour les informer de créneaux qui restaient disponibles pour la tenue du bureau de vote, sans préciser les horaires de ces créneaux, et les inviter à choisir un créneau. Au vu de la teneur de ces invitations, les réponses apportées par M. B, par M. M et par M. E au premier de ces deux mails ne peuvent être regardées comme un refus de remplir la fonction d'assesseur, Mme L ayant de son côté fait antérieurement connaitre son indisponibilité. L'absence de réponse des élus concernés à un troisième mail, adressé le 7 juin 2024 dans l'après-midi, soit l'avant-veille du scrutin, qui rappelait l'obligation pour les conseillers municipaux de remplir les fonctions d'assesseur et indiquait qu'en l'absence de candidat, un signalement devrait être fait à la préfecture et que le scrutin ne pourrait pas être organisé au-delà de 14 heures, ne peut pas non plus être tenue pour un refus explicite d'exercer ces fonctions. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce que soit prononcée la démission d'office de Mme L, de M. J, de M. M, de M. B et de M. E doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, et en tout état de cause, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme L, de M. J, de M. M, de M. B et de M. E tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la démission d'office de M. F I.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête du maire d'Ecury-sur-Coole est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par Mme L, M. J, M. M, M. B et M. E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme N L, à M. F I, à M. C J, à M. D M, à M. K B, à M. H E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information à M. A G, maire d'Ecury-sur-Coole, et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Amelot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

P-H. MALEYRELe président-rapporteur,

Signé

A. DESCHAMPSLa greffière,

Signé

I. ROLLAND

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