mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, M. D C, Mme E C et Mme A C épouse B, représentés par Me Michelet, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre sous astreinte à la commune de Vandières de mettre en œuvre sans délai les procédures prévues aux articles L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation et L. 2212-2 et suivants du code général des collectivités territoriales afin de prévenir la chute d'un arbre et l'écroulement du mur d'enceinte de la propriété de M. D F ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vandières la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'un arbre penche dangereusement au-dessus de la cour et de la toiture de leur propriété et que les murs entourant la propriété de M. F risquent à tout moment de s'écrouler sur leur propriété et sur la voie publique ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;
- cette mesure est utile pour assurer leur sécurité et celle des passants.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Pour prévenir ou faire cesser un péril dont il n'est pas sérieusement contestable qu'il trouve sa cause dans l'action ou la carence de l'autorité publique, le juge des référés peut, en cas d'urgence, être saisi soit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, afin qu'il ordonne la suspension de la décision administrative, explicite ou implicite, à l'origine de ce péril, soit sur le fondement de l'article L. 521-3 du même code, afin qu'il enjoigne à l'autorité publique, sans faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, de prendre des mesures conservatoires destinées à faire échec ou à mettre un terme à ce péril. En particulier, il peut sur le fondement de ces dispositions, en l'absence de contestation sérieuse, enjoindre à une commune de prendre les mesures conservatoires de nature à faire cesser un dommage grave et immédiat imputable à la carence du maire dans l'exercice des pouvoirs de police qui lui sont conférés par le code de la construction et de l'habitation pour faire cesser le péril résultant d'un bâtiment menaçant ruine.
3. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers () ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2 () ". Aux termes de l'article L. 511-9 du même code : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. /
Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 511-11 du même code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 511-16 du même code : " Lorsque les prescriptions de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été mises en œuvre dans le délai fixé, l'autorité compétente peut, par décision motivée, faire procéder d'office à leur exécution, aux frais du propriétaire. Elle peut prendre toute mesure nécessaire à celle-ci. Elle peut également faire procéder à la démolition prescrite sur jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond, rendu à sa demande ". Aux termes de l'article L. 511-19 du même code : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. / Lorsqu'aucune autre mesure ne permet d'écarter le danger, l'autorité compétente peut faire procéder à la démolition complète après y avoir été autorisée par jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond. () ". Aux termes de l'article L. 511-20 du même code : " Dans le cas où les mesures prescrites en application de l'article L. 511-19 n'ont pas été exécutées dans le délai imparti, l'autorité compétente les fait exécuter d'office dans les conditions prévues par l'article L. 511-16. Les dispositions de l'article L. 511-15 ne sont pas applicables. ".
4. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 de ce code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
5. D'une part, le maire de Vandières a adopté le 8 avril 2016 un arrêté de péril ordinaire sans interdiction d'habiter par lequel il a mis en demeure M. F, propriétaire de l'immeuble situé 1 cours des Maréchaux et 2 rue du Château à Vandières, cet immeuble jouxtant la propriété des requérants, de procéder dans un délai d'un mois à la réfection du mur de pierre situé rue de Châtillon, de reprendre le mur du Château et de procéder à l'élagage des arbres gênant la ligne électrique qui alimente l'éclairage public. Ces travaux n'ayant pas été entrepris, à la suite de l'éboulement du mur mitoyen, la maire de Vandières, par un arrêté du 25 février 2020, a interdit l'accès à la cour de la propriété des requérants et mis en demeure M. F, par lettre du 19 février 2020, de démolir ou de reconstruire l'immeuble qui menace ruine. Aucune suite n'a été donnée à cette mise en demeure, et les requérants, par courriers du 3 avril et du 16 juin 2023, ont demandé au maire de mettre en œuvre les pouvoirs de police qu'il tient des articles L. 511-1 est suivants du code de la construction et de l'habitation. L'état avancé de délabrement du mur de clôture de la propriété de M. F, qui avait antérieurement été relevé par la commune, s'est aggravé au vu du constat établi le 21 mai 2024 par un commissaire de justice mandaté par les requérants. L'urgence et l'utilité de la mesure sollicitée en vue d'assurer la sécurité des tiers justifie, en l'absence de toute réaction du propriétaire concerné, qu'il soit enjoint au maire de Vandières de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation par la saisine du tribunal administratif, sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-9 du même code, en vue de la désignation d'un expert. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. D'autre part, si les requérants, en se prévalant de la chute d'un arbre en janvier 2024, demandent au tribunal d'enjoindre au maire de prendre toute mesure en vue de prévenir la chute d'un autre arbre qui surplombe leur immeuble et qui présente, selon eux, un risque élevé de chute en raison de son inclinaison, de telles mesures ne concernent pas un édifice relevant des dispositions du 1° de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation citées ci-dessus. S'agissant par ailleurs d'un arbre situé sur une parcelle privée et surplombant une autre parcelle privée, la prévention des risques correspondant ne relève pas des pouvoirs de police du maire résultant des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de prendre toute mesure utile concernant cet arbre doivent être rejetées.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Vandières une somme globale de 1 500 euros à verser à M. D C, à Mme E C et à Mme A C épouse B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au maire de Vandières de saisir le tribunal administratif sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation.
Article 2 : La commune de Vandières versera à M. D C, à Mme E C et à Mme A C épouse B la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Mme E C à Mme A C épouse B et à la commune de Vandières.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
A. DESCHAMPS
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