mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Malblanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une période d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de leur délivrer un titre de séjour ou de réexaminer leur situation, et dans l'attente, de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Mainnevret en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire sont illégales du fait de l'illégalité de la décision précitée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile notamment au regard de l'absence de visa des critères tenant à l'ordre public et de à l'absence d'une précédente mesure d'éloignement ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée à la préfète de l'Aube, qui n'a produit aucun mémoire en défense.
Par une décision du 26 juillet 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Soistier, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Une note en délibéré pour la préfète de l'Aube a été enregistrée le 6 septembre 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
1. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
2. Mme B soutient qu'elle est arrivée en France en 2022, qu'elle est en couple avec un ressortissant français depuis deux ans avec lequel elle envisage de se marier, qu'elle participe activement à la vie associative locale à titre bénévole. A l'appui de ses allégations, elle produit plusieurs témoignages de proches, et attestations de bénévolat ou d'ateliers sociolinguistiques. Toutefois, l'ancienneté de son séjour sur le territoire français résulte de son maintien en situation irrégulière sur le territoire français à l'issue de l'expiration de son visa Schengen au 4 décembre 2022. En outre, le projet de mariage dont elle se prévaut a fait l'objet d'une opposition par le procureur de la république de Troyes le 27 juin 2023 pour les motifs tenant à une suspicion de " mariage blanc ". Si l'intéressée soutient dans ses écritures qu'elle entend construire une relation réelle et sérieuse, toutefois, les justificatifs qu'elle fait valoir ne permettent pas de remettre en cause le bien-fondé de la décision en litige. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme B, célibataire, sans enfants, ne serait pas dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie. La circonstance isolée que celle-ci a pu s'investir dans activités de bénévolat ne permet ni d'établir des liens personnels et familiaux tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ni qu'elle y aurait établi le centre de ses intérêts privés. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions portant refus de sa demande de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaitraient les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
3. Compte tenu des motifs exposés au point précédent, il ne résulte pas que la décision portant obligation de quitter le territoire serait illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant son titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de la décision prononçant une interdiction de retour :
4. Compte tenu des motifs exposés au point 2, il ne résulte pas que la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
5. Lorsque le préfet fait obligation à un ressortissant étranger de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. En l'absence de telles circonstances, seule la durée de l'interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés au premier alinéa de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en s'abstenant de se prononcer expressément sur les critères relatifs à l'ordre public et à l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, doit être écarté.
6. Compte tenu des motifs exposés au point 2, il ne résulte pas que la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an méconnaitrait, en tout état de cause, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 3 juin 2024 de la préfète de l'Aube. En conséquence,
ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1
du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nizet, président,
M. Soistier, premier conseiller,
M. Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
M. SOISTIERLe président,
O. NIZET
La greffière,
I. DELABORDE
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