vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, Mme C D, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", notamment pour des raisons médicales, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache aux jugements
n° 2301741 et 2301742 du 30 octobre 2023, n° 2302895 et 2302896 du 15 février 2024 et n° 2400735 du 21 mai 2024 du tribunal administratif de céans ;
- la compétence de son auteur n'est pas démontrée ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle n'a pu être assistée d'une personne de son choix en méconnaissance de l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) méconnaît l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, dès lors qu'il n'est pas établi que le collège des médecins ait été régulièrement été saisi, ni qu'il était compétent pour rendre son avis, que les signatures des médecins étaient lisibles et que la procédure a été régulièrement suivie ;
- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que la décision du juge de l'asile lui a été notifiée et qu'elle avait, en conséquence, le droit de se maintenir sur le territoire français ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit en ce qu'il ne détermine pas un autre pays où elle serait admissible ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête de Mme D a été communiquée au préfet des Ardennes, qui n'a pas présenté d'observations, mais a produit des pièces.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Gabon, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui souligne la discordance entre les avis émis par le collège des médecins de l'OFII les 7 décembre 2022 et 3 mai 2023, alors que le premier avis a permis la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante congolaise née le 5 août 1989, qui déclare être entrée en France le 13 février 2022, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 mai 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 30 mars 2023. Mme D a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est vue délivrer une autorisation provisoire de séjour valable pour une durée de six mois. À l'expiration de son titre de séjour, Mme D en a sollicité le renouvellement le 2 février 2023. Par un arrêté du 9 juin 2023, le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement n°s 2301741 et 2301742 du 30 octobre 2023, le tribunal administratif de céans a annulé cet arrêté. Par un nouvel arrêté du 13 novembre 2023, le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Cet arrêté a également été annulé par jugement n°s 2302895 et 2302896 du 15 février 2024 du tribunal. Par un nouvel arrêté du 21 février 2024, le préfet des Ardennes a été regardé comme ayant refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", lui ayant fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ayant fixé le pays de destination et ayant prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement
n° 2400735 du 21 mai 2024, le tribunal de céans a annulé cet arrêté. Par un dernier arrêté du 27 mai 2024, dont Mme D demande l'annulation, le préfet des Ardennes a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de la requérante, qui est déjà représentée par un avocat, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par des jugements en date du 30 octobre 2023 et 15 février 2024, le tribunal a annulé les arrêtés du préfet des Ardennes du 9 juin 2023 et du 13 novembre 2023 au motif que l'intéressée bénéficiait, en l'absence de preuve de la notification de la décision de rejet de la CNDA, du droit de se maintenir sur le territoire. Par un nouveau jugement du 21 mai 2024, le tribunal a annulé l'arrêté du préfet des Ardennes du 21 février 2024, refusant le séjour à Mme D et prononçant notamment à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, au motif cette fois que la décision portant refus de titre de séjour avait été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir produit l'avis du collège de médecins. L'exécution de ces jugements impliquait seulement que le préfet des Ardennes procède au réexamen de la situation de Mme D. Par suite, en prenant à l'encontre de la requérante un nouvel arrêté en se prononçant sur sa situation à la date de son édiction, le préfet n'a pas méconnu l'autorité de chose jugée attachée aux jugements des 30 octobre 2023, 15 février 2024 et 21 mai 2024. Le moyen soulevé ne peut donc qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, par un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Ardennes a donné délégation à M. Joël Dubreuil, secrétaire général de la préfecture des Ardennes à l'effet de signer, à compter du 17 juillet 2023, les mesures relevant de la réglementation des étrangers en matière de droit au séjour et d'éloignement du territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
6. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il indique notamment, la date d'entrée sur le territoire français à 32 ans, la situation de la requérante au titre de l'asile, sa demande au titre de la santé et que des soins d'une durée de six mois étaient indispensables par l'avis du 7 décembre 2022, que l'avis du 3 mai 2023 indiquait cette fois que le défaut de prise en charge médicale n'aurait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité et enfin sa situation familiale. Il s'ensuit contrairement à ce que soutient l'intéressée que l'arrêté est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son défaut ne peut être qu'écarté.
7. En quatrième lieu, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
8. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".
9. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que la qualité de réfugié ait été définitivement refusée à l'étranger. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision d'éloignement est prise après que la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, d'un récépissé de demande de titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ait été refusé à l'étranger ou si le document en cause lui a été retiré. Les personnes concernées sont donc celles ayant au préalable formé une demande d'admission régulière au séjour. Or, l'étranger est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile ou de sa demande de titre de séjour sur un autre fondement, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié, le bénéfice de la protection subsidiaire ou que lui soit octroyé le titre de séjour sollicité, et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de ces demandes. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que l'administration statue sur une demande d'asile ou sur une demande de délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre à même la personne concernée de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français ou l'interdiction de retour sur ce même territoire.
10. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé d'information du système d'information " TelemOfpra " produit en défense, que tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté la demande d'asile de Mme D. Dès lors, la requérante qui, au demeurant, produit le compte rendu de son entretien avec les services de l'OFPRA, a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. En outre, si Mme D se prévaut d'un courriel par lequel les services préfectoraux ont annulé le rendez-vous qu'elle avait sollicité en préfecture, il ressort des termes mêmes de ce courriel que celui-ci l'a été en raison de ce que ce rendez-vous, demandé pour une première demande de titre de séjour, ne correspondait pas à la situation dans laquelle Mme D se trouvait. Ce courriel invitait l'intéressée à solliciter un autre rendez-vous correspondant à sa situation. Par ailleurs, Mme D ne se prévaut d'aucun élément utile et pertinent susceptible d'influer sur l'intervention de la mesure d'éloignement, ses modalités d'exécution ou l'interdiction de retour sur le territoire français, qu'elle n'aurait pu préalablement porter à la connaissance de l'autorité administrative. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été mise en mesure, en violation de son droit d'être entendue, de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté litigieux et le moyen soulevé ne peut, dès lors, qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le préfet des Ardennes ne s'est pas abstenu de procéder à un examen particulier et approfondi de la situation administrative et personnelle de Mme D en prenant l'arrêté litigieux. En conséquence, le moyen soulevé en ce sens ne peut être qu'écarté.
12. En sixième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont, par elles-mêmes, sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatifs aux conditions de notification d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français ou d'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté comme inopérant.
13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".
14. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande à ce titre, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 425-11, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
15. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 3 mai 2023, que celui-ci a été rendu par un collège composé des docteurs Mbomeyo, Mesbahy et Signol, lesquels y ont tous apposé leur signature de manière lisible. Cet avis mentionne qu'un défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressée et qu'au vu des éléments du dossier à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Si la requérante produit des documents médicaux faisant notamment état de ce qu'elle est atteinte d'une hépatite B, ces éléments, fournis sans aucune explication ni précision, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII quant à son état de santé ou sa capacité à voyager. En outre, s'il y a certes une discordance de solutions entre les avis émis par le collège des médecins de l'OFII les 7 décembre 2022 et 3 mai 2023, l'état de santé de Mme D a pu évoluer entre ces deux avis, qui sont espacés de près de cinq mois, d'autant plus que l'avis de décembre 2022, ne reconnaissait le besoin de soins que temporairement. Par suite, le préfet des Ardennes a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de délivrer à l'intéressée un titre de séjour sur ce fondement.
16. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". L'article 5 du même arrêté dispose : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ". Enfin, aux termes de l'article 11 de cet arrêté : " () Le collège de médecins ou le médecin de l'office peut convoquer le demandeur et faire procéder à des examens complémentaires. Dans ce cas, le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin de son choix. / Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. ".
17. Il résulte des dispositions précitées que le premier chapitre de l'arrêté du 27 décembre 2016, comprenant les articles 1er à 8, s'applique aux étrangers sollicitant leur admission au séjour, alors que son deuxième chapitre, comprenant les articles 9 à 11, s'applique aux étrangers qui, faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, se prévalent de leur état de santé pour s'opposer à cette mesure.
18. Mme D, qui a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne s'est pas seulement prévalue de son état de santé pour s'opposer à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français. Sa situation a ainsi été instruite conformément aux dispositions du chapitre 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016, de sorte qu'elle ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pour critiquer l'arrêté litigieux. Le moyen soulevé ne peut qu'être écarté comme inopérant.
19. En neuvième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 15, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la saisine du collège des médecins de l'OFII ou que sa compétence ne seraient pas établies, que les signatures des médecins seraient illisibles ou que la procédure n'aurait pas été régulièrement suivie, en méconnaissance des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
20. En dixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait placé en situation de compétence liée par rapport à l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII. Le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.
21. En onzième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. / Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ".
22. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé du système d'information " TelemOfpra " dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la demande d'asile de Mme D a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 24 mai 2022, confirmée par une décision de la CNDA lue en audience publique le 30 mars 2023, et notifiée le 5 avril 2023. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit au maintien sur le territoire français de la requérante a cessé à compter du 30 mars 2023. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle bénéficie toujours d'un droit de se maintenir sur le territoire français, faisant obstacle à ce que le préfet des Ardennes prononce à son encontre une décision d'obligation de quitter le territoire français.
23. En douzième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ".
24. La méconnaissance par l'autorité administrative de l'obligation d'information prévue à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a seulement pour conséquence de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, non régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement. Alors qu'il est constant que Mme D a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que cette demande a bien été traitée par les services préfectoraux, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
25. En treizième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Lorsque la loi prescrit qu'un ressortissant étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.
26. Mme D n'allègue ni n'établit avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions suscitées. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour critiquer l'arrêté litigieux.
27. En quatorzième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
28. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui déclare être entrée en France le 13 février 2022, est mariée avec M. A E B, ressortissant congolais, lesquels sont parents de trois enfants mineurs. Par un arrêté du préfet des Ardennes du 21 février 2024, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur ce même territoire pendant une durée d'un an. Si M. B a contesté cet arrêté, le tribunal administratif de céans a, par un jugement du 21 mai 2024, rejeté sa requête. En outre, Mme D n'apporte aucun élément relatif à son intégration en France. Enfin, il n'est ni allégué ni établi que la cellule familiale avec leurs enfants ne pourrait se reconstruire dans leur pays d'origine, où la requérante a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans, ni que les enfants ne pourraient y être scolarisés. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, Mme D ne démontre pas que l'arrêté querellé porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquelles il a été pris. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
29. En quinzième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-9 de ce même code : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti. ".
30. Si Mme D, qui mentionne les dispositions suscitées, entendait se prévaloir de leur méconnaissance, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée se soit vue délivrer un titre de séjour en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle ait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en raison du non-renouvellement ou du retrait de ce titre. Par suite, Mme D ne peut utilement se prévaloir des dispositions suscitées au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté litigieux et le moyen soulevé ne peut qu'être écarté comme inopérant.
31. En seizième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
32. Mme D fait valoir qu'elle a fait l'objet de persécutions et qu'elle craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. Par suite, et alors que tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté la demande d'asile formée par Mme D, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
33. En dix-septième lieu, pour les mêmes motifs, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen soulevé ne peut, dès lors, qu'être écarté.
34. En dix-huitième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il ressort de ces dispositions que la fixation d'un pays de renvoi qui ne serait pas celui de la nationalité de l'étranger ou de celui pour lequel il disposerait d'un document de voyage n'est possible qu'en cas d'accord de l'intéressé, dès lors qu'il justifie lui-même être légalement admissible dans cet État.
35. Mme D n'allègue ni n'établit qu'elle serait légalement admissible dans un autre État que la République démocratique du Congo. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux que celui-ci aurait entendu déroger aux dispositions suscitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce que cet arrêté ne fixe pas d'autre pays de destination le pays de nationalité doit être écarté.
36. En dix-neuvième lieu, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont Mme D entend se prévaloir ne sont plus en vigueur à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.
37. En dernier lieu, l'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".
38. Mme D justifie d'une ancienneté de séjour de seulement deux ans et trois mois à la date de la décision querellée. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'arrêté litigieux ne porte pas à son droit à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel il a été pris. Dans ces conditions, alors même qu'il n'est pas allégué que sa présence en France représenterait une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas, en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour édictée à l'encontre de Mme D, méconnu les dispositions suscitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen soulevé en ce sens ne peut être qu'écarté comme infondé.
39. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme D ne peuvent être que rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet des Ardennes et à Me Aurélie Gabon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
S. MÉGRET
La greffière,
Signé
S. VICENTE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026