jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401538 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le n° 2401538, les 28 juin et 2 juillet 2024, Mme C E, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français durant une période d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ayant pu être entendue préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions du 1° l'article L. 611-1, L. 521-1 et L. 521-7, L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 431-2 et L. 631-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que L. 423-23 et L. 435-1 du même code ;
- le préfet a entaché sa décision d'interdiction de retour au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination ne mentionne pas explicitement le pays vers lequel l'administration propose de la renvoyer et elle ne peut être légalement renvoyée dans son pays d'origine.
La requête de Mme E a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 2 juillet 2024, a produit des pièces.
II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le n°2401539, les 28 juin et 2 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français durant une période d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soulève les mêmes moyens que ceux développés dans la requête n°2401538.
La requête de M. B a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 2 juillet 2024, a produit des pièces.
III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2401540, le 28 juin 2024, Mme G, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a assignée à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ;
- elle n'a pas été entendue préalablement à l'édiction de la décision attaquée ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 141-3, L. 141-4, R. 141-1 et R. 141-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas démontré qu'il existerait une perspective raisonnable d'éloignement ;
- le préfet ne démontre pas des démarches entreprises en vue de son éloignement et des conditions dans lesquelles il entend mettre à exécution sa décision ;
- la décision attaquée porte atteinte à son droit d'aller et venir ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête de Mme E a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 2 juillet 2024, a produit des pièces.
IV. Par une requête, enregistrée sous le n°2401541, le 28 juin 2024, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soulève les mêmes moyens que ceux développés dans la requête n°2401540.
La requête de M. B a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 2 juillet 2024, a produit des pièces.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 modifié concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Gabon représentant M. B et Mme E, assistés de M. F, interprète en géorgien.
Ils ont soutenu en outre qu'ils ont égaré leur passeport mais qu'ils en détenaient bien un à leur entrée en France, et doivent ainsi être regardés comme étant régulièrement entrés sur le territoire en tant que ressortissant géorgien ; l'interdiction de retour est illégale car ils allaient solliciter une régularisation de leur séjour, mais étaient dans l'attente d'une nouvelle délivrance de passeport ; sur les garanties de représentation, ils ont exécuté de leur propre initiative l'expulsion du CADA, se sont présentés en préfecture à l'entretien du 27 juin, démontrant ainsi qu'ils honorent tous leurs rendez-vous ; ils ne se sont pas soustraits à une précédente mesure d'éloignement car le préfet ne l'a jamais exécutée ; ils ne constituent pas une menace à l'ordre public ; l'assignation à résidence est disproportionnée, la famille a trente minutes de marche pour se rendre au commissariat avec leurs jeunes enfants ; ils font du bénévolat et ont tout fait pour s'intégrer dans la société française ; les enfants sont scolarisés, Monsieur a travaillé dans les vignes ; ils a ses parents et son frère sur Metz, son oncle vivant avec eux à Reims.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme E, de nationalité géorgienne, déclarent être entrés sur le territoire français en février 2020. Ils ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 décembre 2020, confirmées par décisions du 10 février 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêtés du 20 mai 2022, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal de séans du 20 juillet 2022, le préfet de la Marne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination. Par quatre arrêtés du 27 juin 2024, le préfet de la Marne les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé leur pays de destination, leur a interdit le retour sur le territoire français et les a assignés à résidence pour une période de 45 jours. Par les présentes requêtes qu'il y a lieu de joindre, les intéressés demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande des requérants, il y a lieu de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les deux arrêtés du 27 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français :
3. Les arrêtés querellés mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle des requérants. Il ne ressort pas de la motivation, conforme aux exigences de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de leur situation avant de prendre à leur encontre les décisions en litige. Par conséquent, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux ne peuvent qu'être écartés.
4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants n'ont pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour au terme de la procédure de demande d'asile. Au cours de leur entretien en préfecture du 27 juin 2024, préalable à la prise des décisions attaquées, les requérants ont été mis à même de faire valoir, avant l'intervention des arrêtés qui les obligent à quitter le territoire français sans délai et leur interdit le retour sur le territoire français durant un an, tout éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de ces mesures, notamment leur souhait de demeurer en France et de ne pas souhaiter bénéficier d'une aide au retour volontaire. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'auraient pas été entendus préalablement aux décisions contestées.
5. Aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. / Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. ". Aux termes de l'article L. 613-4 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une décision d'obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. ".
6. Les conditions dans lesquelles sont notifiées les décisions administratives sont, en elles-mêmes, sans incidence sur leur légalité. Par suite, Mme E et M. B ne sauraient utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L.613-3 et L.613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / () / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du 9 mars 2016 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des Etats membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () ; / b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil, sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité ; / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; / () ". Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 2018/1806 du 14 novembre 2018 : " 1. Les ressortissants des pays tiers figurant sur la liste de l'annexe II sont exemptés de l'obligation prévue à l'article 3, paragraphe 1, pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours ". La Géorgie figure parmi les pays tiers dont le nom figure sur la liste de l'annexe II audit règlement.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour n'a pas pour effet de régulariser les conditions de l'entrée en France, sauf s'il s'agit d'un étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en application du livre V ".
9. Enfin, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 () ". L'article L. 521-7 du même code dispose que : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Selon l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
10. D'une part, il résulte des dispositions citées au point 7 que la seule détention d'un passeport biométrique n'est pas suffisante pour se prévaloir d'une entrée régulière en France. Les requérants ne justifient pas notamment disposer de moyens de subsistance suffisants pour leur séjour et ils ne produisent aucun document justifiant qu'ils bénéficiaient d'une assurance prenant en charge les dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale et qu'ils disposaient de garanties relatives à leur rapatriement, conformément aux dispositions précitées. D'autre part, leurs demandes d'asile, enregistrées le 2 juillet 2020, n'a pu avoir pour effet de régulariser les conditions de leur entrée en France dès lors qu'elles ont été définitivement rejetées par la cour nationale du droit d'asile par décisions du 10 février 2022, les intéressés ne disposant alors plus du droit de se maintenir en France à compter de cette date. Par suite, Mme E et M. B qui ne se prévalent que de la détention d'un passeport biométrique, ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Marne aurait, en mentionnant qu'ils étaient entrés irrégulièrement en France, entaché ses décisions litigieuses d'une erreur de droit.
11. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ".
12. L'absence de délivrance des informations prévues par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fait obstacle à ce que le préfet puisse invoquer, le cas échéant, la tardiveté de la demande de titre de séjour présentée par l'étranger, pour opposer un refus de séjour. Elle est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, Mme E et M. B ne peuvent utilement soutenir qu'ils n'ont pas été informés des conditions dans lesquelles ils pouvaient déposer une demande de titre de séjour avant que ne soient prononcées les mesures d'éloignement en litige. Par ailleurs, les requérants, qui n'ont présenté aucune demande de titre de séjour, ne font valoir en tout état de cause aucun élément de nature à établir qu'ils justifiaient d'un droit au séjour.
13. Lorsqu'il envisage d'obliger un étranger à quitter le territoire sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour à un autre titre que l'asile, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, les requérants ne justifient pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet, qui n'y était donc pas tenu, n'a pas examiné leur situation au regard de ces dispositions. Ils ne sauraient, par suite, utilement se prévaloir de ces dispositions à l'encontre des décisions attaquées.
14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
15. M. B et Mme E sont entrés en France en février 2020, accompagnés alors de leurs deux enfants et d'un oncle. En dépit de leur investissement dans des associations humanitaires, de leur volonté de s'ouvrir aux autres, de leurs efforts à maîtriser la langue française, et du souhait de travailler, ils ne justifient pas avoir établi le centre de leurs intérêts privés et familiaux en France, eu égard notamment à l'absence de liens sociaux intenses et de la durée de présence sur le territoire français, qui résulte du délai d'instruction de leurs demandes d'asile et du fait qu'ils se sont maintenus en France malgré une mesure d'éloignement en 2022. Les requérants sont par ailleurs parents de trois enfants nés en 2016, 2018 et 2021, dont les deux plus grands sont scolarisés. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Enfin, si les requérants se prévalent de la présence en France de l'oncle, des parents et du frère de M. B, il n'est pas établi que ces personnes seraient en situation régulière et auraient ainsi vocation à demeurer en France. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.
16. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que leurs enfants mineurs n'ont pas fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, seuls les deux parents étant directement visés par ces mesures.
17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Si les intéressés peuvent se prévaloir de ces stipulations à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté leur demande d'asile et les éléments qu'ils versent dans la présente instance ne permettent pas davantage d'établir la réalité des craintes dont ils se prévalent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
19. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, les décisions litigieuses ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle.
Sur les décisions refusant un délai de départ volontaire :
20. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
21. Il ressort de ce qui a été indiqué aux points 7 à 10 du présent jugement que Mme E et M. B ne justifient pas être entrés régulièrement sur le territoire français et qu'à la date des décisions portant refus de délai de départ volontaire, ils étaient, après le rejet définitif de leurs demandes d'asile, en situation irrégulière sans avoir à nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de délai de départ volontaire fondée sur les articles L. 612-2 et L. 612-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient entachées d'une erreur de droit doit être écarté.
22. Si les requérants contestent à l'audience le risque de fuite sur lequel le préfet s'est fondé pour refuser de leur accorder un délai de départ volontaire, il ressort toutefois des pièces du dossier, qu'ils ne disposent plus d'un passeport biométrique en cours de validité à la date des décisions attaquées et qu'ils sont sans domicile fixe. Dès lors, en estimant que M. B et Mme E risquait de se soustraire aux décisions d'éloignement qu'il prononçait à leur encontre et en refusant de leur accorder un délai de départ volontaire, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées.
23. Les décisions refusant un délai de départ volontaire n'ayant ni pour objet ni pour effet d'éloigner l'étranger vers son pays d'origine, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, à l'encontre de ces décisions, des risques qu'ils encourraient en cas de retour en Géorgie.
24. En se bornant à soutenir que les décisions litigieuses porteraient atteinte à leur droit à une vie privée et familiale, sans apporter aucun élément au soutien de ce moyen à l'encontre de la décision leur refusant un délai de départ volontaire, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
25. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, les décisions litigieuses ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle.
Sur les décisions portant interdiction de retour :
26. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
27. Les décisions interdisant le retour sur le territoire français n'ont ni pour objet ni pour effet d'éloigner les requérants vers leur pays d'origine mais seulement de leur interdire de revenir sur le territoire français après leur éloignement effectif. Par suite, ils ne peuvent utilement se prévaloir des persécutions qu'ils subiraient en Géorgie.
28. En faisant état de la présence en France de l'oncle, des parents et du frère de M. B, ainsi que de leur intégration, les requérants n'établissent pas l'existence de circonstances humanitaires telles que le préfet ne pouvait assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français.
29. Compte-tenu des éléments exposés au point 15, c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans commettre d'erreur d'appréciation, qu'il a fixé cette durée à un an.
Sur les décisions portant sur le pays de destination :
30. Les requérants soutiennent que le préfet n'a pas mentionné explicitement le pays vers lequel ils pourraient être reconduits d'office. Toutefois, en mentionnant qu'ils peuvent être reconduits à destination de leur pays d'origine, dont il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit sans contestation de la Géorgie, ainsi que vers ceux où ils seraient légalement admissibles, les décisions ont fixé de manière suffisamment précise les pays vers lesquels ils pourraient être éloignés.
31. Mme E et M. B soutiennent qu'ils encourent des risques de traitements cruels, inhumains et dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine du fait notamment de leur origine yézide. Toutefois, ils n'apportent pas d'éléments probants à l'appui de leurs allégations, alors d'ailleurs que comme il a été dit précédemment au point 18, leurs demandes d'asile ont été rejetées, l'OFPRA ayant estimé que les raisons de leur départ de Géorgie étaient davantage économiques et que les craintes de persécutions n'étaient pas établies. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
32. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, les décisions litigieuses ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle.
En ce qui concerne les deux arrêtés portant assignations à résidence :
33. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
34. Pour motiver les décisions d'assignation à résidence de Mme E et de M. B qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 27 juin 2024, le préfet de la Marne cite les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quant à la perspective raisonnable d'éloignement justifiant une assignation à résidence, sans toutefois assortir cette citation de texte des éléments relatifs à la situation personnelle des intéressés. D'autre part, l'arrêté précise que chacun des intéressés " sera apprécié " comme présentant des garanties propres à prévenir les risques qu'ils se soustraient à l'obligation de quitter le territoire qui leur est faite. Ces motivations, dépourvues de toutes considérations de fait propres à la situation des requérants et hypothétiques quant à l'appréciation à venir de leur situation, ne permettent pas aux requérants d'être informés des éléments qui ont été pris en compte par le préfet de la Marne pour prendre ses décisions. Par suite, les décisions attaquées sont insuffisamment motivées, en méconnaissance des dispositions précitées.
35. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme E sont seulement fondés à demander l'annulation des arrêtés les assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
36. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction des requérants doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais du litige :
37. Le présent jugement accorde, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle à Mme E et M. B. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gabon, avocate de Mme E et M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat versement à Me Gabon, de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E et M. B sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du 27 juin 2024 du préfet de la Marne portant assignation à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon, sous réserve que cette dernière, avocate de Mme E et M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de la somme de 1 200 euros.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B et Mme E sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à M. A B, à Me Gabon et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
S. DLa greffière,
Signé
I. ROLLAND
Nos2401538,2401539,2401540,2401541
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026