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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401572

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401572

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantDJEBRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2407558 du 27 juin 2024, enregistrée le 2 juillet 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A C épouse B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 3 avril 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 12 juillet 2024, Mme B, représentée par Me Djebri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel le préfet de Police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Police de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme que le tribunal déterminera sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'adresse qu'elle a déclarée n'est pas mentionnée dans le procès-verbal d'audition établi par les services de la police nationale ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen détaillé de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas compte de ses liens familiaux et privés en France ;

- la décision fixant le pays de destination ne tient pas compte de sa situation personnelle.

La requête de Mme B a été communiquée au préfet de Police qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié, en matière de séjour et de travail ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 mars 2024, Mme A C épouse B, ressortissante tunisienne née le 26 septembre 1966, qui déclare être entrée en France le 19 août 2021, a été placée en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour en France par les services de la police nationale, après un contrôle d'identité. Par un arrêté du même jour, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de Police s'est fondé, pour obliger Mme B à quitter le territoire français, sur la circonstance qu'elle ne pouvait justifier d'un titre de séjour, qu'elle était dépourvue de document de voyage et qu'elle ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire français. Toutefois la décision d'éloignement attaquée, qui ne fait état ni de la date d'entrée en France de la requérante, ni d'éléments sur sa vie privée et familiale sur le territoire national, ni même de sa situation professionnelle et qui se borne à indiquer que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'a pas été porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale ", ne satisfait pas aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est, dès lors, insuffisamment motivée. Il s'ensuit que la décision en litige portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions en injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721 7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. Le présent jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français, implique nécessairement que le préfet de Police ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de Mme B et lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa situation. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 mars 2024 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

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