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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401576

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401576

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKACOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 12 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Kacou, demande aux juges des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'absence d'attestation de prolongation d'instruction la place dans une situation extrêmement précaire faisant obstacle à l'exercice d'une activité professionnelle, à sa contribution aux charges du ménage et dès lors qu'elle est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et que sa fille ne peut bénéficier d'un document de circulation pour enfant mineur ; elle a initié une démarche de régularisation en août 2023 ; la clôture de sa première demande de régularisation est illégale ;

- la délivrance d'un document attestant de la régularité du séjour le temps de l'instruction de la demande est de droit dès lors que la demande a été délivrée dans les délais prescrits et qu'elle est complète ; aucun délai ne lui était imparti pour solliciter une demande de titre de séjour dès lors qu'elle sollicite un premier titre de séjour ; son dossier est complet ; la préfète ne peut opposer l'incomplétude du dossier dès lors que les pièces qui auraient été sollicitées ne sont pas au nombre de celles visées à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision de clôture ne lui est pas opposable dès lors qu'elle n'a pas pris connaissance des demandes de pièces complémentaires ; les décisions de clôtures méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; aucune décision implicite de rejet de sa demande ne fait obstacle à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle met un terme à l'irrégularité de son séjour en France et qu'elle lui permettra de subvenir aux charges de sa famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les deux demandes de titre de séjour déposées ont été regardées comme incomplètes et ont été clôturées en l'absence de réponse aux demandes de pièces complémentaires ;

- elle ne peut utilement invoquer l'urgence et l'incidence immédiate sur sa situation personnelle et familiale dès lors qu'elle est en situation irrégulière depuis le 23 janvier 2020, date de l'obligation de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutée ;

- les deux demandes de titre de séjour ont été instruites dans des délais raisonnables ;

- l'intéressée ne justifie d'aucune activité professionnelle ou formation professionnalisante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Mach, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née en 1984, est entrée en France le 1er mai 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Mme A a déposé le 20 août 2023 sur le site de l'Administration Numérique pour les Etrangers en France (ANEF) une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, dont l'instruction a été clôturée le 9 février 2024. L'intéressée a déposé une seconde demande sur le même fondement sur le site de l'ANEF le 21 avril 2024. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à la préfète de l'Aube de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 de ce code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

5. Mme A a déposé le 21 avril 2024 une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de parent d'enfant français sur le site de l'Administration Numérique pour les Etrangers en France (ANEF). Il ressort des pièces du dossier produites en défense que cette demande de titre de séjour a été clôturée le 23 mai 2024 par les services de la préfecture de l'Aube au motif que Mme A n'a pas fourni les éléments complémentaires sollicités dans les délais qui lui étaient impartis. Par suite, à la date de la présente ordonnance, la mesure sollicitée par Mme A tendant à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction aurait pour effet de faire obstacle à l'exécution de cette décision de clôture de l'instruction de sa demande. Il n'est ni allégué ni établi que la mesure sollicitée serait de nature à permettre de prévenir un péril grave. Dans ces conditions, le juge des référés ne peut, sans faire obstacle à l'exécution de cette décision administrative, à la supposer même illégale, faire droit aux conclusions de la requérante qui tendent à enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le conseil de Mme A au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Didier Kacou et au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Aube.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

A-S MACH

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