mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401583 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MERGER |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête, enregistrée sous le n°2401583, le 4 juillet 2024,
M. C D, représenté par Me Merger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte
de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans
un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte
de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Merger au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024 par une ordonnance
du 30 juillet 2024.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2024.
II°) Par une requête, enregistrée sous le n°2401584, le 4 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Merger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans
un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte
de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans
un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte
de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Merger au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024 par une ordonnance
du 30 juillet 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision
du 2 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- et les observations de Me Merger, représentant M. D et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. D et Mme A, ressortissants algériens nés respectivement en 1982 et 1979, sont entrés en France en août 2017. Ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile, demandes qui ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 14 août 2018. Des mesures d'éloignement ont été prises à leur encontre
le 21 septembre 2018, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif
du 20 novembre 2018. En septembre 2019, ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Leurs demandes ont été rejetées et de nouvelles mesures d'éloignement ont été prononcées à leur encontre par arrêtés du 22 février 2021, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif du 22 juillet 2021. En dépit d'assignations à résidence, leur éloignement n'a pas pu être exécuté. Le 21 novembre 2022, les requérants ont à nouveau sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Par des arrêtés du 13 juin 2024, la préfète de la Haute-Marne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel ils seraient susceptibles d'être éloignés en cas d'exécution contrainte, leur a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans et les a assignés à résidence dans la ville de Saint-Dizier pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes, M. D et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.
3. Sur le fondement des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif a, par un jugement du 11 juillet 2024, statué sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et prononçant une assignation à résidence. Le tribunal ne reste ainsi saisi que des conclusions de M. D et Mme A dirigées contre les refus de titre de séjour, ainsi que de celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme A sont présents en France depuis bientôt sept ans à la date des décisions attaquées. Il n'est pas contesté qu'ils sont dépourvus d'attache familiale dans leur pays d'origine, les parents de M. D étant décédés. Les requérants ont fait preuve d'insertion sociale, Mme A étant notamment particulièrement investie au sein de deux associations caritatives. Ils attestent également que cette dernière participe activement à l'animation du club de judo où sont inscrits trois de leurs enfants. Leurs quatre enfants, nés en 2014, 2015, 2017 et 2018, les deux derniers étant nés en France, sont tous scolarisés, et n'ont connu que le système scolaire français. Les équipes pédagogiques et socio-éducatives qui suivent la famille, attestent de l'implication et de l'écoute des parents dans le suivi de la scolarité des enfants, ainsi que de la maîtrise de la langue française par tous les membres de la famille. Les enfants sont inscrits au sein d'un club de judo démontrant la volonté d'insérer
la famille dans la société française. Dans ces conditions, au vu de l'importance et de la durée
des liens établis en France par les requérants, les décisions attaquées portent au droit
de M. D et Mme A au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens
des requêtes, que les décisions du 13 juin 2024 par lesquelles la préfète de la Haute-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour aux requérants doivent être annulées.
7. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. D et Mme A. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre à la préfète
de la Haute-Marne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de leur délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois à compter
de la notification du présent jugement.
8. M. D et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Merger, leur avocat, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Merger de la somme globale
de 1 500 euros, sous réserve que Me Merger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 13 juin 2024 par lesquelles la préfète de la Haute-Marne a refusé
de délivrer un titre de séjour à M. D et Mme A sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Haute-Marne de délivrer à M. D et Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Merger de la somme globale de 1 500 euros, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Merger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et Mme B A, à Me Charles-Eloi Merger et à la préfète de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Marne en ce qui la concerne
et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2401583, 2401584
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026