jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401588 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, Mme C B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, A, représentée par Me Mainnevret, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 11 juin 2024 de la commission d'appel de l'académie de Reims, refusant sa demande tendant à ce que sa fille soit admise en seconde générale et technologique ;
2°) d'enjoindre au recteur d'entreprendre les démarches nécessaires à l'admission de sa fille en seconde générale et technologique ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'exécution de la décision en litige fait obstacle à l'inscription de sa fille en seconde générale et technologique. Cette circonstance, alors que l'année scolaire 2024/2025 va débuter à brève échéance est de nature à caractériser l'urgence ;
- la décision en litige ne mentionne pas les nom et prénom de son signataire, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, faisant obstacle à l'identification de l'auteur de l'acte ;
- la composition de la commission d'appel n'était pas de nature à garantir son impartialité au sens des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été pris en compte sa situation particulière en lui opposant son absentéisme ;
- le procédure ayant abouti à la décision en litige est irrégulière dès lors que le principe d'inclusion prévu à l'article D. 311-11 du code de l'éduction n'a pas été respecté, sa fille n'a profité d'aucun aménagement scolaire au titre des années scolaires 2022/2023 et 2023/2024 ;
- la commission a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a été absente que quatre jours au 1er semestre et a dû être hospitalisée au dernier trimestre 2024 ;
- ces moyens sont de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le recteur de l'académie de Reims conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 août 2023, sous le n° 2401587 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision du 11 juin 2024.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lambing, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambing,
- les observations de Me Mainnevret représentant Mme B qui reprend à l'audience les moyens et conclusions contenus dans ses écritures et insiste sur le fait que la fille de Mme B souhaite poursuivre une formation d'infirmière et donc dans un cursus de seconde technologique adapté ; il n'est pas possible d'identifier le président de la commission d'appel, et il n'est pas établi que le nom du président était affiché sur la porte de la salle ; la commission était composée de deux membres identiques avec la précédente composition ; l'urgence est caractérisée eu égard à la proximité de la rentrée scolaire ; il n'y a pas de passerelle entre un baccalauréat professionnel pour suivre ensuite la formation d'infirmière ; il y a bien eu une demande d'aménagement ; Mme B précise en outre qu'il y a bien eu une demande d'aménagement en début d'année auprès de la principale du collège et qu'une réunion s'est tenue en décembre avec le chef d'établissement ; faute de mise en place d'aménagement, sa fille s'est découragée et a été plus absente au 2ème et 3ème trimestre nuisant à ses résultats scolaires ;
- et les observations de Mme D, représentant le recteur de l'académie de Reims, qui soutient qu'il n'y a pas d'urgence eu égard à la possibilité de revenir en voie générale ; que la composition de la commission n'est pas entachée d'impartialité ; que l'inclusion ne peut s'appliquer en l'espèce ; que la motivation de la décision est suffisante.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Mlle A E était au cours de l'année scolaire 2023/2024 scolarisée en classe de troisième. A l'issue de l'année scolaire, il n'a pas été fait droit à son souhait et à celui de ses parents de la voir admise en seconde générale et technologique, la commission d'appel, confirmant la décision du chef d'établissement de l'orientation en seconde professionnelle.
3. D'une part, Mme B justifie de l'existence d'une situation d'urgence en raison de la date de la rentrée scolaire.
4. D'autre part, aux termes de l'article D. 331-35 du code de l'éducation : " () La commission d'appel est présidée par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie ou son représentant. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la commission académique ayant examiné le recours de Mme B était présidée par un représentant de la directrice académique des services de l'éducation nationale, dont les nom et prénom ne sont pas mentionnés sur la décision notifiée à la famille. S'il est opposé en défense que la feuille d'émargement permet l'identification des membres de la commission, le recteur de l'académie de Reims a précisé au cours de l'audience que cette feuille n'avait pas été adressée à Mme B lors de la notification de la décision attaquée. Au demeurant, à supposer que cela aurait permis d'identifier le signataire de l'acte, il n'est pas établi que le procès-verbal établissant la composition de la commission d'appel était aisément visible dans la salle où la requérante a assisté à la séance de la commission. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'illégalité de la décision du 11 juin 2024 en l'absence de l'indication des noms et prénoms de son signataire contrairement aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 11 juin 2024.
7. Il n'appartient pas au juge des référés d'enjoindre à la directrice académique des services de l'éducation nationale d'admettre A E en classe de seconde générale et technologique. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision de la commission d'appel du 11 juin 2024 est suspendue.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Reims.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
S. LAMBINGLa greffière,
Signé
I. ROLLAND
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