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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401597

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401597

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. B C, représenté par la SELAS Saint-Yves avocats, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution des décisions des 3 et 13 juin 2024 par lesquelles le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chargé des transports lui a, respectivement, indiqué qu'aucune sanction n'était prise à son encontre concernant un vol vers Tarbes le 17 août 2023, et infligé la sanction de suspension de toutes ses licences de pilote pour une durée de douze mois, dont neuf mois avec sursis concernant des infractions constatées le 31 janvier 2023 sur l'aérodrome de Châlons-Vatry ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; il est instructeur de vol au sein d'une société de droit luxembourgeois ; la suspension de ses licences de pilote aérien préjudicie gravement à l'activité de l'entreprise et le prive de toutes ressources financières en pleine saison ; plusieurs participations à des meetings étaient déjà organisées, qui génèrent son plus important chiffre d'affaires ; l'exécution de la sanction d'ici que le juge statue au fond le prive de l'effectivité de son recours à fin d'annulation, caractérisant l'urgence à suspendre l'exécution des décisions attaquées dès à présent ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée prononçant la sanction administrative ; cette décision a été signée par une personne incompétente ; il n'est pas justifié de la régularité de la composition du conseil de discipline ; le conseil de discipline n'était pas compétent, étant dans un cadre non professionnel lors des vols en cause ; il a été irrégulièrement convoqué ; la procédure devant le conseil de discipline et le procès-verbal violent ses droits de la défense protégés par l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme ; les infractions ne sont pas fondées en droit et sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le ministre chargé des transports conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et qu'aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Par lettre du 10 juillet 2024, les parties ont été informées que le tribunal est susceptible, de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 juin 2024, décision qui ne fait pas grief, dès lors qu'elle ne prononce pas de sanction.

Vu :

- la requête enregistrée le 4 juillet 2024 sous le n° 2401596 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision contestée ;

- la décision contestée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'aviation civile ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambing pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le 16 juillet 2024 à 14h00, en présence de Mme Delaborde, greffière :

- le rapport de Mme Lambing, juge des référés ;

- les observations de Me de Boissieu, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, et soutient en outre que la décision du 3 juillet fait grief car une infraction a bien été constatée et doit pouvoir être contestée ; sur l'urgence, ce ne sont que des pilotes sous contrat, seul M. C y exerce de façon pérenne ; la survie de la société est obérée par ces décisions d'autant que le ministre a également refusé de manière concomitante de renouveler les laisser-passer des avions, privant de tout revenu la société sur une période de pointe pour son activité ; l'urgence est caractérisée également afin de prévenir que la décision produise son plein effet er prive de tout intérêt le recours au fond ; l'infraction est isolée, il n'est pas fait état de sanctions administratives précédentes ; sur l'incompétence du conseil de discipline, il ne lui est pas possible de prouver que le voyage n'était pas professionnel alors qu'il était seul dans l'aéronef pour faire pour l'avitaillement ; la convocation méconnait le principe général du droit de la défense en ne faisant mention que d'une enquête. Il a été précisé également que seuls trois pilotes ont une qualification de formateur au sein de la société, les deux autres étant pilotes de ligne, seul M. C est disponible, et qu'il a bien été assisté par le camion pour le ravitaillement, l'atterrissage et le décollage ;

- et les observations de Mme A, représentant le ministre chargé des transports, qui conclut au rejet de la requête. Elle soutient en outre que M. C s'est vu infliger une sanction administrative en 1993 et une sanction pénale en 2021. Il soutient qu'il n'y a pas lieu de se référer à la requête au fond quant au moyen de légalité interne en application d'un arrêt du Conseil d'Etat du 19 février 2003, n°251495. Il a été précisé en outre qu'il n'y a pas d'aire à signaux sur Vatry, que l'absence de consultation du NOTAM relève de l'impréparation du vol et que le message sur l'ATIS datait de la veille et n'avait pas été modifié.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution des décisions du 3 et du 13 juin 2024 :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Par une décision du 13 juin 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chargé des transports a infligé à M. C la sanction de suspension de toutes ses licences de pilote pour une durée de douze mois, dont neuf mois avec sursis. Cette sanction a été prise au motif que M. C avait présenté des risques pour la sécurité des personnes et des autres aéronefs et que son comportement et l'impréparation de son vol n'étaient pas acceptables de la part d'un pilote instructeur.

4. Il résulte de l'instruction que d'une part, si M. C soutient que la décision contestée affecte gravement les ressources de la société des Ormes, filiale à 100 % de la société Tradlux détenue par le requérant, en raison de l'annulation de sa participation à plusieurs meetings estivaux consécutivement à la suspension de toutes ses licences, il ne démontre néanmoins ni l'impact financier de ces prestations sur le chiffre d'affaires de la société, ni que les participations de l'un des avions de type L39 de la société étaient assurées, les courriers produits n'étant que des propositions tarifaires, ni que seul M. C pouvait assurer ces vols. D'autre part, M. C soutient également qu'il est le seul pilote instructeur disponible au titre de l'Approved training Organisations (ATO), c'est-à-dire au titre de l'agrément en tant qu'organisme de formation de la société des Ormes, privant ainsi la société de toute possibilité de réaliser des actions de formation. Il n'est pas contesté que seuls deux organismes de formation sont agréés en France pour former au pilotage sur L39, dont la société des Ormes. Cependant, cette seule circonstance ne suffit pas à justifier que la décision porterait atteinte à un intérêt public ou à un intérêt personnel du requérant. Enfin, M. C soutient que la décision du 13 juin 2024 sera entièrement exécutée lorsque le juge statuera au fond, privant ainsi d'effectivité son recours à fin d'annulation. Toutefois, cela présuppose que l'acte est illégal et que l'urgence à suspendre son exécution résulte de cette illégalité. Or, l'illégalité invoquée de l'acte dont la suspension est demandée ne saurait par elle-même être de nature à caractériser une situation d'urgence. Par suite, dans les circonstances propres à l'espèce, l'urgence à suspendre les décisions attaquées ne peut être tenue pour établie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions dirigées à l'encontre de la décision du 3 juin 2024 et sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que les conclusions aux fins de suspension des décisions du 3 et 13 juin 2024 ne peuvent qu'être rejetées pour défaut d'urgence .

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. C en application de l'article L .761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de la transition écologique et de la cohesion des territoires chargé des transports.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

S. LAMBING

La greffière,

signé

I.DELABORDE

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