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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401622

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401622

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGARAVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2024, Mme F E, représentée par Me Garavel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prononcé son assignation à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est dépourvu de base légale dès lors que la mesure d'éloignement du 23 mai 2023 ne peut faire l'objet d'une exécution d'office après l'expiration d'un délai d'un an ; il est entaché d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 ne peuvent lui être appliquées en application de la non-rétroactivité des lois ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mach pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,

- et les observations de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 mai 2023, le préfet du Val d'Oise a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme E, ressortissante camerounaise née en 1973, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 28 mars 2024 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Par un arrêté du 4 juillet 2024, dont Mme E demande l'annulation, la préfète de l'Aube a assigné Mme E à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Par un arrêté du 31 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme B C, préfète de l'Aube, a donné à M. D A, chef du bureau de l'éloignement et de l'asile et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer les arrêtés portant assignation à résidence à l'encontre des ressortissants étrangers qui font l'objet d'une mesure de retenue pour vérification de leur droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. L'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable jusqu'au 28 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, applicable à compter du 28 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

5. Il ressort des termes du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, sur lequel s'est fondé l'arrêté contesté du 4 juillet 2024, que l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. D'une part, il résulte des dispositions du 2° du VI de l'article 72 et de l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 que ces dispositions sont entrées en vigueur le lendemain de leur publication au Journal officiel de la République française, soit le 28 janvier 2024. Mme E n'est dès lors pas fondée à soutenir que la préfète de l'Aube a fait une application rétroactive des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi modifiées, lesquelles étaient en vigueur à la date de l'arrêté contesté. D'autre part, il est constant que, par un arrêté du 23 mai 2023, l'intéressée a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qu'elle n'a pas exécutée. Contrairement à ce que soutient la requérante, cette décision n'a, faute d'exécution par l'intéressée, pas perdu son caractère exécutoire. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 23 mai 2023 n'était plus exécutoire à l'expiration d'un délai d'un an suivant sa notification. Par suite, la préfète de l'Aube a pu, sans méconnaître le principe de non-rétroactivité des lois et sans entacher sa décision d'erreur de droit, procéder à l'assignation à résidence de Mme E sur le fondement d'une mesure d'éloignement prise moins de trois ans auparavant.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme E se prévaut de sa qualité de mère d'un enfant français, né au Cameroun en 2013, et scolarisé en France depuis 2020, à l'entretien et à l'éducation duquel elle contribue. D'une part, l'arrêté contesté, qui prononce uniquement son assignation à résidence dans le département de l'Aube, n'a pas pour objet, ni pour effet de la séparer de son fils. D'autre part, et en tout état de cause, Mme E, qui est entrée en France en novembre 2022, soit depuis un an et demi à la date de l'arrêté litigieux, pour rejoindre son fils qui était alors gardé depuis deux années par sa sœur, n'apporte aucun élément de nature à établir que la cellule familiale avec son fils ne pourrait se reconstituer au Cameroun où l'intéressée a vécu jusqu'à l'âge de 49 ans et où son fils a résidé jusqu'à l'âge de 7 ans. Enfin, en se bornant à faire état de sa situation familiale, la requérante n'allègue, ni ne justifie que la mesure litigieuse ferait peser des contraintes excessives sur sa situation personnelle alors que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, et eu égard à l'objet de l'arrêté contesté, ce dernier n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Aube du 4 juillet 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A.-S. MACH

La greffière,

Signé

S. VICENTE

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