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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401633

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401633

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401633
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL LE CAB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Boia, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le préfet de la Marne ne lui a pas délivré d'autorisation provisoire de séjour depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour, qu'il ne peut occuper un emploi lui permettant de mener une vie familiale normale et de subvenir aux besoins de son enfant, que son couple est dans une situation financière incertaine, qu'il ne peut circuler librement sans risquer de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'être assigné à résidence ou placé en rétention administrative ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;

- la décision refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est insuffisamment motivée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2400982 tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet de la Marne.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Mach, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 2000, a présenté le 1er mars 2023 une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qui a été enregistrée par les services préfectoraux de la Marne le 15 septembre 2023. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant de lui délivrer un titre de séjour et née du silence gardé par le préfet de la Marne.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. M. A soutient que l'exécution de la décision litigieuse le place en situation irrégulière, faisant obstacle à ce qu'il puisse occuper un emploi et se déplacer librement. Il est constant que l'intéressé, qui est entré en France le 13 juillet 2018 sous couvert d'un visa de court séjour, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de ce dernier et n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qu'en mars 2023. S'il fait valoir que le préfet de la Marne ne lui a pas délivré un récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire français pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation de l'exécution de la décision portant refus de délivrance d'un titre séjour sur sa situation à la date de la présente ordonnance. Il ne peut davantage invoquer le risque d'être assigné à résidence ou d'être placé en rétention administrative en l'absence de mesure d'éloignement prise à son encontre. M. A n'allègue pas et n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il exercerait une activité professionnelle ou aurait entrepris des démarches de recherche d'emploi en vue de subvenir aux besoins de sa famille. Dans ces conditions, et alors même que son enfant est né le 31 mai 2024, les circonstances ainsi invoquées ne sont pas de nature à établir que l'exécution du refus de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment personnelle et professionnelle, pour créer une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, M. A n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet de la Marne refusant de lui délivrer un titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Alexandrine Boia.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 12 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

A-S MACH

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