Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, Mme C... B... née A..., représentée par Me Gaffuri, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de l’Aube lui a retiré le bénéfice de la protection temporaire et l’autorisation provisoire de séjour correspondante, et l’a obligée à quitter sans délai le territoire français, ainsi que l’arrêté du même jour par lequel la préfète de l’Aube l’a assignée à résidence ;
2°) d’enjoindre au préfet de l’Aube, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention « bénéficiaire de la protection temporaire », dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros à lui verser personnellement au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil pouvant en outre se prévaloir du bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
S’agissant de l’arrêté portant retrait de la protection temporaire et obligation de quitter sans délai le territoire français :
- la décision de retrait de la protection temporaire est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle ne constitue pas une menace pour l’ordre public au regard de l’article L. 581-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier et approfondi de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
- la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire méconnait l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l’ordre public et qu’elle ne présente aucun risque de soustraction à la mesure d’éloignement prise à son encontre ;
- des circonstances humanitaires s’opposent à ce refus de délai de départ volontaire ;
- cette décision est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation.
S’agissant de l’arrêté portant son assignation à résidence :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen particulier et approfondi de sa situation ;
- il est privé de base légale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la mesure d’assignation n’est pas nécessaire dès lors qu’elle présente des garanties de représentation propres à prévenir un risque de soustraction à l’exécution de la mesure d’éloignement ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation dès lors que ses obligations de pointage à la gendarmerie l’empêchent de poursuivre une activité professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, la préfète de l’Aube conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;
- la décision d’exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Dos Reis, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante ukrainienne née le 26 décembre 1977, est entrée sur le territoire français le 7 mai 2022. Elle a obtenu une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire accordée aux personnes déplacées en provenance d’Ukraine, valable du 30 mai 2022 au 29 juin 2022, régulièrement renouvelée jusqu’au 23 octobre 2024. Par un arrêté du 1er juillet 2024, la préfète de l’Aube lui a retiré le bénéfice de cette protection temporaire, ainsi que l’autorisation provisoire de séjour correspondante qui lui avait été délivrée pour la période du 24 avril 2024 au 23 octobre 2024, et lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français. Par un second arrêté du même jour, la préfète de l’Aube l’a assignée à résidence pour une durée de six mois. Mme A... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés.
Sur la décision portant retrait de la protection temporaire :
D’une part, aux termes de l’article 1er de la décision d’exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l’existence d’un afflux massif de personnes déplacées en provenance d’Ukraine, au sens de l’article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d’introduire une protection temporaire : « L’existence d’un afflux massif dans l’Union de personnes déplacées qui ont dû quitter l’Ukraine en raison d’un conflit armé est constatée ». Aux termes de l’article 2 de cette même décision : « 1. La présente décision s’applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d’Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l’invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 ; / b) les apatrides, et les ressortissants de pays tiers autres que l’Ukraine, qui ont bénéficié d’une protection internationale ou d’une protection nationale équivalente en Ukraine avant le 24 février 2022 ; et, / c) les membres de la famille des personnes visées aux points a) et b). (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 581-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. / Le bénéfice de la protection temporaire est accordé pour une période d'un an renouvelable dans la limite maximale de trois années. Il peut être mis fin à tout moment à cette protection par décision du Conseil. (…). ». Aux termes de l’article L. 581-5 du même code : « Un étranger peut être exclu du bénéfice de la protection temporaire dans les cas suivant : (…) / 2° Sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat ». Aux termes de l’article R. 581-4 de ce code : « Lorsqu'il satisfait aux obligations prévues à l'article R. 581-1, le bénéficiaire de la protection temporaire est mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable six mois portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ". / L'autorisation provisoire de séjour est renouvelée automatiquement pendant toute la durée de la protection temporaire définie au deuxième alinéa de l'article L. 581-3. (…). ». Aux termes de l’article R. 581-5 du même code : « Sans préjudice des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 581-3, l'autorisation provisoire de séjour est refusée ou retirée ou son renouvellement est refusé si l'étranger est exclu du bénéfice de la protection temporaire sur le fondement de l'article L. 581 - 5. ».
La requérante soutient que la préfète de l’Aube a entaché sa décision d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation en ne tenant pas compte de l’ensemble des circonstances de l’affaire, et qu’il est prématuré de considérer son comportement comme constituant une menace réelle, sérieuse, actuelle et grave à l’ordre public dès lors qu’elle n’a pas été condamnée à la date de la décision attaquée et bénéficie de la présomption d’innocence.
Toutefois, il ressort des pièces du dossier que pour lui retirer le bénéfice de la protection temporaire et, partant, l’autorisation provisoire de séjour dont elle disposait à ce titre jusqu’au 23 octobre 2024, la préfète de l’Aube s’est fondée sur la circonstance que Mme A... avait été placée en garde à vue le 20 mai 2024 pour des faits de vol, rébellion et violence sur des militaires de la gendarmerie nationale suivie d’une incapacité totale de travail de moins de huit jours commis le même jour, et a estimé qu’en raison notamment des actes de violence commis à l’encontre des militaires de la gendarmerie nationale, l’intéressée représentait une menace pour l’ordre public. Il ressort en particulier du rapport du 22 mai 2024 établi par un officier de police judiciaire, et sur lequel la décision en litige s’est fondée, que l’intervention des forces de l’ordre a été sollicitée à la suite d’un vol à l’étalage qu’aurait commis l’intéressée dans un centre commercial et qu’à l’arrivée des gendarmes, Mme A... a refusé à plusieurs reprises de décliner son identité et son adresse et de se rendre dans les locaux de la gendarmerie pour procéder à un contrôle d’identité, ce qui a nécessité son menottage. Il ressort de ce rapport que Mme A... a alors commencé à se débattre avec virulence et véhémence et à commettre des violences sur les gendarmes en les frappant, leur donnant des coups de coude, en faisant chuter l’un des militaires et en mordant à plusieurs reprises un autre militaire. Ces deux militaires primo-intervenants, blessés au cours de l’intervention, se sont vus prescrire, respectivement deux jours et trois jours d’incapacité temporaire de travail. Ce même rapport précise que l’intervention de quatre personnels du peloton de surveillance et d’intervention de Bar-sur-Aube a été nécessaire pour maîtriser Mme A.... Ces faits graves commis à l’encontre de militaires de la gendarmerie nationale, relatés de manière précise et circonstanciée dans ce rapport, ne sont pas sérieusement contestés par Mme A..., qui se borne à alléguer qu’elle entend apporter des précisions sur le contexte de son interpellation lors de l’audience prévue devant le tribunal correctionnel et à produire un récit non étayé par des éléments probants. Contrairement à ce que soutient la requérante, la seule circonstance que les faits qui lui sont reprochés n’ont pas donné lieu, à la date de la décision attaquée, à une condamnation pénale est sans incidence sur l’exercice, par l’autorité administrative compétente, de son pouvoir d’apprécier si sa présence en France constituait à cette date une menace pour l’ordre public. Le principe de la présomption d’innocence ne faisait pas davantage obstacle à ce que l’autorité préfectorale fonde sa décision sur la circonstance que la requérante qui, à la date de cette décision, avait été placée en garde à vue pour les faits délictueux précités, représentait une menace pour l’ordre public. Compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, notamment de la nature et de la gravité des faits qui sont reprochés à Mme A..., la préfète de l’Aube a pu, sans commettre d’erreur de droit ni d’erreur d’appréciation, considérer que sa présence en France constituait une menace pour l’ordre public et l’exclure du bénéfice de la protection temporaire accordée aux personnes déplacées d’Ukraine, en application des dispositions de l’article L. 581-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 581-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger exclu du bénéfice de la protection temporaire ou qui, ayant bénéficié de cette protection, cesse d'y avoir droit, et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre, doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 611-1 du même code : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :(…) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (…) ». Aux termes de l’article L. 613-1 de ce même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ».
La décision en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dont les dispositions des articles L. 581-5 et L. 581-8 et du 3° de l’article L. 611-1. Par ailleurs, elle expose la situation personnelle, familiale et administrative de la requérante et énonce de façon précise les considérations d’ordre public liées au comportement de Mme A... justifiant le retrait de son autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français, est suffisamment motivée.
En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l’arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de l’Aube aurait omis de procéder à un examen particulier et approfondi de la situation personnelle de Mme A.... Par suite, le moyen tiré de ce défaut d’examen doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Mme A... se prévaut de ce qu’elle est entrée sur le territoire français le 7 mai 2022, qu’elle y a bénéficié d’une autorisation provisoire de séjour du 30 mai 2022 au 29 juin 2022, régulièrement renouvelée jusqu’au 23 octobre 2024, qu’elle a fourni des efforts importants pour s’intégrer et trouver un travail afin de subvenir aux besoins de sa famille et enfin qu’elle justifie entretenir des liens personnels et familiaux en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A... est entrée sur le territoire français à l’âge de quarante-quatre ans, il y a seulement deux ans environ à la date de la décision contestée. N’est également présent au sein de sa cellule familiale que son fils, arrivé au plus tôt en même temps qu’elle. Par ailleurs, Mme A... ne justifie pas d’une insertion socio-professionnelle particulière depuis son entrée sur le territoire français. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme A... a à plusieurs reprises quitté le territoire français pour se rendre en Ukraine où vit notamment sa fille. Dans ces conditions, et eu égard aux violences commises à l’encontre des militaires de la gendarmerie nationale, telles que décrites au point 5 du présent jugement et de la menace qu’elle représente pour l’ordre public, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la préfète de l’Aube, en l’obligeant à quitter le territoire français, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la requérante n’est pas davantage fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant refus de l’octroi d’un délai de départ volontaire :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…). ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ».
La requérante se prévaut de ce que son comportement ne constitue pas une menace à l’ordre public et qu’elle ne présente aucun risque de soustraction à la mesure d’éloignement prise à son encontre. Toutefois, il résulte des termes mêmes de la décision contestée que, pour refuser à Mme A... le bénéfice d’un délai de départ volontaire, la préfète de l’Aube s’est fondée sur la menace pour l’ordre public constituée par son comportement. Or, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, et eu égard, en particulier, aux actes de violence commis à l’encontre des deux militaires de la gendarmerie nationale, Mme A... représente, à la date de l’arrêté attaqué, une menace pour l’ordre public. Dès lors, la préfète de l’Aube a pu légalement, pour ce seul motif, lui refuser le bénéfice d’un délai de départ volontaire, sans que la requérante puisse utilement soutenir qu’elle ne présentait aucun risque de soustraction à la mesure d’éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En deuxième lieu, si la requérante soutient que des circonstances humanitaires s’opposent au refus de délai de départ volontaire, elle n’assortit ce moyen d’aucune précision suffisante permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.
En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13, la requérante n’est pas davantage fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur l’arrêté portant assignation à résidence :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ». Aux termes de l’article L. 732-1 du même code : « Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ».
Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté portant assignation à résidence vise l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et indique en particulier avant de prononcer l’assignation à résidence en litige, que Mme A..., de nationalité ukrainienne, a fait l’objet le 1er juillet 2024 d’une obligation de quitter sans délai le territoire français, qu’elle est originaire d’un pays ne permettant pas l’exécution d’office immédiate de la mesure d’éloignement prise à son encontre et qu’elle ne peut quitter immédiatement le territoire français. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait dès lors à l’exigence de motivation posée par les dispositions précitées de l’article L. 732-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l’arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de l’Aube aurait omis de procéder à un examen particulier et approfondi de la situation personnelle de Mme A....
En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant, compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 6 à 11, pas entachée d’illégalité, le moyen tiré, par voie d’exception, de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.
En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A... a fait l’objet, le 1er juillet 2024, d’un arrêté par lequel la préfète de l’Aube lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français. Dès lors, l’administration pouvait légalement l’assigner à résidence sur le fondement des dispositions du 1° de l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que la requérante était dans l’impossibilité de quitter le territoire français. La circonstance que Mme A... présenterait des garanties de représentation propres à prévenir un risque de soustraction à l’exécution de la mesure d’éloignement est sans incidence sur la légalité de la mesure d’assignation à résidence prise en application de ces dispositions, l’existence de telles garanties signifiant seulement qu’aucun placement en rétention n’était nécessaire pour prévenir un tel risque de soustraction.
En dernier lieu, Mme A... se prévaut de ce qu’elle devait commencer à travailler dans un restaurant situé à Mesnil-Saint-Père dans le département de l’Aube, où elle a auparavant travaillé de juin à octobre 2023. Toutefois, ces éléments ne permettent aucunement de démontrer que l’obligation de se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis à 10 heures au groupement de gendarmerie de Bar-sur-Aube, telle qu’édictée par l’arrêté en litige, l’empêcherait d’exercer l’activité professionnelle alléguée. Dans ces conditions, la requérante n’est pas davantage fondée à soutenir que la préfète de l’Aube aurait entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté attaqué. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles tendant à l’application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... née A... et au préfet de l'Aube.
Copie en sera délivrée pour information au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Rifflard, conseiller,
Mme Dos Reis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2025.
La rapporteure,
Signé
N. DOS REIS
Le président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne au préfet de l’Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.