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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401664

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401664

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantMERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2401664, les 12 et 15 juillet 2024, M. B E, représenté par Me Merger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il a déposé une nouvelle demande d'asile faisant obstacle à son éloignement ;

- son éloignement ne peut être regardé comme étant une perspective raisonnable eu égard au conflit entre la Russie et l'Ukraine.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2401665, les 12 et 15 juillet 2024, Mme A F ep E, représentée par Me Merger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux développés dans la requête n°2401664.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lambing, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 614-7 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambing,

- les observations de M. et Mme E, assistés de Mme D, interprète en langue russe, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens, et soutiennent en outre qu'un retour en Russie est dangereux pour eux et qu'il ne veut pas retourner en Russie pour contribuer à la guerre en Ukraine. Ils ont des éléments nouveaux à présenter dans le cadre de leur nouvelle demande d'asile.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme E, de nationalité russe, nés respectivement en 1983 et 1989, sont entrés en France en avril 2022 accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile, demandes qui ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 5 décembre 2023. Des mesures d'éloignement ont été prises à leur encontre le 25 janvier 2024, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif du 10 avril 2024. Par des arrêtés du 9 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne les a assignés à résidence dans la ville de Saint-Dizier pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme E demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. et Mme E, qui sont déjà représentés par un avocat, ont présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de M. et Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Par un arrêté du 6 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Haute-Marne a, dans son 2ème article, donné délégation à M. Guillaume Thirard, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, tous arrêtés, décisions, mémoires et requêtes adressés aux juridictions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. C, signataire de l'arrêté attaqué, manque en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. Les requérants soutiennent qu'en raison de la guerre avec l'Ukraine, leur éloignement vers la Russie ne peut demeurer une perspective raisonnable. Toutefois, les mesures d'éloignement prises à leur encontre le 25 janvier 2024 n'indiquent pas qu'ils seraient éloignés à destination de la Russie. Il ne ressort d'aucun élément au dossier que leur éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable vers un autre Etat que la Russie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance.". Aux termes de l'article L. 542-4 de ce code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage d'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1. ".

8. A supposer que les requérants entendent exciper de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français prises à leur encontre le 25 janvier 2024 à la suite des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 5 décembre 2023 rejetant définitivement leurs demandes d'asile, M. et Mme E ne justifient pas avoir déposé une nouvelle demande d'asile et bénéficié ainsi d'un droit de se maintenir en France.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Les requérants soutiennent qu'ils ne peuvent être éloignés vers la Russie eu égard aux risques qu'ils encourent pour leur vie et à l'insertion de la famille en France. Toutefois, les décisions attaquées n'ont ni pour objet ni pour effet de prononcer l'éloignement des intéressés vers la Russie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 doit également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme E doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme E sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E, à Me Merger et à la préfète de la Haute-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. LAMBING La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s2401664 et 2401665

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