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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401685

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401685

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSEGAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2401685 le 11 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 24 juin 2024 du préfet des Ardennes ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé, tant en fait qu'en droit ;

- il bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ;

- il dispose d'éléments sérieux au soutien de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, sur lequel il n'a pas encore été statué ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de M. A a été communiquée au préfet des Ardennes, qui n'a pas présenté d'observations, mais a produit des pièces.

Par une décision du 26 juillet 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2401686 le 11 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 24 juin 2024 du préfet des Ardennes ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé, tant en fait qu'en droit ;

- elle bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ;

- elle dispose d'éléments sérieux au soutien de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, sur lequel il n'a pas encore été statué ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de Mme C a été communiquée au préfet des Ardennes, qui n'a pas présenté d'observations, mais a produit des pièces.

Par une décision du 26 juillet 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,

- et les observations de M. A et de Mme C, assistés d'un interprète en langue serbe, qui concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insistent sur leurs problèmes de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. D A, ressortissant serbe né le 10 avril 1982 et Mme B C, ressortissante serbe née le 18 août 1967, qui déclarent être entrés sur le territoire français le 6 février 2024, ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 mai 2024. Les requérants ont saisi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), d'un recours le 2 juillet 2024. Par deux arrêtés du 24 juin 2024, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet des Ardennes les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de renvoi et leur a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

4. En dépit de ce que M. A et Mme C allèguent, les arrêtés en litige comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui les fondent, notamment les conditions d'entrée sur le territoire français des requérants, leur situation familiale et la circonstance que l'OFPRA, statuant en procédure accélérée, a rejeté leurs demandes de protection internationale. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des arrêtés querellés doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 531-24 du même code dispose que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Aux terme de l'article L 531-25 de ce même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 531-24, un pays est considéré comme un pays d'origine sûr lorsque, sur la base de la situation légale, de l'application du droit dans le cadre d'un régime démocratique et des circonstances politiques générales, il peut être démontré que, d'une manière générale et uniformément pour les hommes comme pour les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, il n'y est jamais recouru à la persécution, ni à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants et qu'il n'y a pas de menace en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle dans des situations de conflit armé international ou interne. Le conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides fixe la liste des pays considérés comme des pays d'origine sûrs, dans les conditions prévues à l'article 37 et à l'annexe I de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé du système d'information " TelemOfpra ", produit en défense et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A et Mme C ont formé des demandes de protection internationale auprès de l'OFPRA qui, statuant en procédure accélérée conformément aux dispositions du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les a rejetées par décision du 28 mai 2024, laquelle a été notifiée aux intéressés le 12 juin 2024. Si M. A et Mme C ont contesté cette décision en formant un recours devant la CNDA sur lequel il n'a pas encore été statué, ce recours ne suspend pas son exécution conformément aux dispositions suscitées, la Serbie étant classée pays d'origine sûre. Dès lors, en application des dispositions précitées des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit au maintien sur le territoire français des requérants a cessé à compter du 28 mai 2024. Par suite, M. A et Mme C ne sont pas fondés à soutenir qu'ils bénéficient toujours d'un droit de se maintenir sur le territoire français, faisant obstacle à ce que le préfet des Ardennes prononce à leur encontre des décisions d'obligation de quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A et Mme C, mariés, déclarent être entrés sur le territoire français le 6 février 2024, soit il y a seulement cinq mois à la date des arrêtés litigieux. Ils n'établissent pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français, ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine, où ils ont vécu jusqu'à l'âge de quarante-un et cinquante-six ans. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions contestées porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels elles ont été prises, et méconnaitraient ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, si lors de l'audience les requérants ont fait état de problèmes de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ont déposé une demande à ce titre. Il s'ensuit que le préfet n'a pas commis de défaut d'examen de leur situation. Le moyen, à le supposer invoqué, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A et Mme C ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

11. Aux termes de l'article L 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L 'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

12. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision opposée par l'OFPRA à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office. À l'appui de ses conclusions à fin de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

13. M. A et Mme C, qui ont vu leurs demandes de protection internationale rejeter par l'OFPRA, statuant en procédure accélérée, le 28 mai 2024, se bornent à se prévaloir du dépôt de leur recours devant la CNDA en arguant qu'ils possèdent effectivement des éléments sérieux à présenter à l'appui de ce recours, sans assortir leurs dires de précisions quant à la teneur desdits éléments et sans les verser au dossier. Par suite, M. A et Mme C n'apportent aucun élément dans la présente instance permettant de remettre en cause le bien-fondé de la décision opposée par l'OFPRA.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. A et Mme C ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A et Mme C sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A et de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme B C, à Me Julie Ségaud-Martin et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La présidente-rapporteur,

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne au préfet des Ardennes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2401685 et 2401686

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