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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401687

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401687

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. B A, ressortissant congolais, qui contestait un arrêté préfectoral du 12 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge unique a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait ni l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme (risques de traitements inhumains en cas de retour) ni l'article 8 (droit à la vie privée et familiale). La décision d'interdiction de retour pour deux ans a également été jugée proportionnée et conforme aux articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Lombardi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 juillet 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 25 octobre 1987, qui déclare être entré sur le territoire français le 12 septembre 2022, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 septembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 février 2024. Par un arrêté du 12 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloignée à l'issue de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

3. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, notamment des éléments concernant l'entrée en France de M. A, sa situation familiale et la circonstance qu'alors que tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté sa demande d'asile, l'intéressé ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de son défaut de motivation manque en fait et ne peut être qu'écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. M. A se borne à soutenir qu'il craint d'être persécuté et d'être exposé à des traitements inhumains en cas de retour en République démocratique du Congo, dès lors qu'il fait partie d'une église identifiée comme un mouvement politique et religieux, que le prophète de cette église a été menacé, qu'il a été blessé au cours d'une manifestation et qu'il a, par la suite, été contraint de fuir, sans apporter aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses dires. En outre, la CNDA dans sa décision du 23 février 2024 devant laquelle le requérant s'était prévalu de ses convictions religieuses a relevé que les propos de M. A étaient incohérents et révélaient une méconnaissance avérée des intentions du mouvement politico-religieux dont il se prévalait. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté litigieux, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A soutient qu'il est particulièrement bien intégré en France, notamment au sein du milieu associatif et que l'arrêté litigieux porte donc une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquelles il a été pris. Toutefois, il n'établit pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement en France ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Par suite, les éléments que M. A produit, alors qu'il se prévaut d'une ancienneté de séjour de seulement un an et dix mois, ne permettent pas d'établir que le centre de ses intérêts personnels se situerait en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté en litige, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A ne se prévaut d'une ancienneté de séjour que d'un an et dix mois à la date de la décision d'interdiction de retour querellée, laquelle n'est due qu'à la durée de l'examen de sa demande de protection internationale. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne fait état d'aucune attache familiale en France. Dans ces conditions, alors même que M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il n'est pas allégué que sa présence en France représenterait une menace pour l'ordre public, la préfète n'a pas, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour édictée à son encontre, méconnu les dispositions suscitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen soulevé doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A ne peuvent être que rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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