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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401693

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401693

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSCP CLEMANG ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. D A, représenté par la SCP Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024, notifié le 8 juillet 2024, par lequel la préfète de la Haute-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, et l'a astreint à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Saint Dizier et de demeurer dans le département de la Haute-Marne ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de qualification juridique des faits, son comportement ne pouvant constituer une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il est excipé de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Viard, substituant Me Clemang, représentant M. A, reprenant les mêmes moyens que la requête. Elle insiste sur le fait que le requérant n'a commis que des infractions mineures en 2021 dans un contexte familial difficile. Quant à l'infraction commise en février 2023, il a été jugé en comparution immédiate et n'était pas le seul auteur des faits. Il est précisé en outre que M. A a obtenu avec de bons résultats à son baccalauréat professionnel, qu'il a déjà une entreprise pour poursuivre des études en alternance et qu'il s'investit dans le sport.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité sénégalaise né en 2003, est entré régulièrement en France en octobre 2019. Il a sollicité à sa majorité la délivrance d'une carte de résident en application de l'article 8 de l'accord franco-sénégalais. Par arrêté du 4 juillet 2024, la préfète de la Haute-Marne a rejeté sa demande de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, l'a astreint à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Saint-Dizier et à demeurer dans le département de la Haute-Marne. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". Aux termes de l'article L. 614-8 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 (), le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ".

3. En application des dispositions précitées et en raison de l'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. A par arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 5 juin 2024, en ses articles 5 et 6, qui ne vise pas une contrainte administrative mais une assignation à résidence, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal de statuer sur la légalité de la décision concernant le droit au séjour de l'intéressé. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 4 juillet 2024, en tant qu'il porte rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. A, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal. Il en va de même des conclusions aux fins d'injonction qui en sont l'accessoire et des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " " . D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Lorsque l'administration oppose le motif de la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre ou de renouvellement de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de deux condamnations pénales. La première, par jugement du tribunal pour enfants de C du 14 décembre 2022 pour des faits de vol et de vol en réunion d'une moto-cross et de vélos, de circulation d'un véhicule non réceptionné et de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, commis entre le 29 mai et le 20 juin 2021, M. A a été condamné à un avertissement judiciaire. Par la seconde, par jugement du 10 février 2023, le tribunal correctionnel de C a condamné l'intéressé à une peine de quinze mois d'emprisonnement assortie en sa totalité d'un sursis probatoire de deux ans, pour des faits de vol aggravé d'une caravane au sein d'une entreprise et de recel. Il ressort des constatations du juge pénal que M. A avait été contacté, sur Snapchat, par deux autres co-auteurs de ces infractions, pour participer au vol d'une caravane. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français à l'âge de seize ans dans le cadre d'un regroupement familial, et y a poursuivi une scolarité jusqu'au baccalauréat professionnel qu'il a obtenu en juillet 2024 avec une moyenne générale de 11.62/20. La circonstance opposée par le préfet que le requérant avait des résultats moyens et était régulièrement absent au cours des années précédentes n'est pas suffisante pour établir le manque de sérieux dans sa scolarité dès lors qu'il est parvenu à valider son diplôme. M. A séjourne chez sa mère titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'en 2029. Son père est également présent en France en situation régulière, sa carte de résident de dix ans étant en cours de renouvellement. Il n'est pas contesté qu'il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine qu'il a quitté il y a presque cinq ans à la date de la décision attaquée. Le requérant démontre en outre un souhait de s'intégrer professionnellement en France. Enfin, la commission du titre de séjour, saisie du cas de l'intéressé a émis le 20 mars 2024, un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour en raison des perspectives d'insertion favorable. Dans ces conditions et en dépit des condamnations pénales de M. A, dont les faits de refus d'obtempérer à une sommation ne sont pas récents et les derniers faits de vol en réunion sans violences n'étaient pas à l'initiative de l'intéressé, l'arrêté en litige, pris au motif que la présence de M. A sur le territoire national constituait une menace grave à l'ordre public, a, contrairement à ce que soutient le préfet, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par la mesure et, de ce fait, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le requérant est fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, et portant assignation à résidence.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 4 juillet 2024, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, les conclusions aux fins d'injonction qui en sont l'accessoire et les conclusions de la requête de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale du présent tribunal.

Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 4 juillet 2024 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, fixe le délai de départ volontaire, fixe le pays de destination, et porte assignation à résidence sont annulés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de la Haute-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,La greffière,

Signé Signé

S. BS. VICENTE

N°2401693

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