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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401705

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401705

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juillet 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 7 novembre 1991.

Il soutient que :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnel ;

- il méconnaît son droit d'être entendu ;

- il n'a pu être accompagné d'une personne de son choix lors de la notification de la décision attaquée ; il méconnaît les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version abrogée ;

- le préfet ne démontre pas qu'il entendrait se soustraire à une mesure d'éloignement ;

- il n'est pas démontré que son éloignement serait une perspective raisonnable et que la préfète a engagé des démarches en vue de son retour ;

- le préfet ne justifie pas des démarches entreprises alors qu'il lui demande de justifier de ses démarches pour la délivrance d'un passeport alors même qu'il est arrivé en France au titre de l'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui a produit des pièces le 22 juillet 2024.

Par un courrier du 22 juillet 2024, les parties ont été avisées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen, tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une méconnaissance du champ d'application de la loi ratione temporis dès lors que la situation de la requérante est régie par les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, et que le tribunal envisageait de procéder à une substitution de base légale, l'assignation à résidence relevant de ces nouvelles dispositions et non de celles précédemment applicables.

Une note en délibéré a été communiquée pour M. A le 24 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 7 novembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lambing pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambing, magistrate désignée,

- et les observations de Me Gabon, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, que M. A a quitté le territoire français vers la Belgique en novembre 2024 et n'est revenu en France qu'en 2024, ce qui conduit à ce que l'interdiction de retour sur le territoire français n'est plus applicable ; le préfet a insuffisamment motivé son arrêté en ne faisant pas état de la grossesse de son épouse ; les nouvelles dispositions de l'article L. 731-1 du CESEDA n'offrent pas les mêmes garanties que les précédentes, eu égard au délai passant de un an à trois ans ; l'arrêté d'assignation à résidence a été annulé en 2023 et il n'a pas été placé en rétention ; M. A a remis son passeport à la préfecture ; sa compagne va accoucher fin juillet 2024, justifiant qu'il doit être auprès de cette dernière ; il a une activité professionnelle qui sera compromise par les modalités de l'assignation.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 2002, est entré irrégulièrement en France en octobre 2018. Il a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la cour nationale du droit d'asile le 18 novembre 2020. Le 9 août 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par arrêté du 14 septembre 2023, le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. A la suite d'une interpellation par les services de police, l'intéressé a été assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 45 jours par arrêté du 14 juillet 2024. M. A demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté du 14 juillet 2024 du préfet de la Marne.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 7 novembre 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant, il y a lieu de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision litigieuse vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. L'arrêté indique que l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et notifiée le 14 septembre 2023 est une perspective raisonnable, justifiant la mesure d'assignation à résidence. L'arrêté énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui le fonde. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté. Il en est de même s'agissant du moyen tiré d'un défaut d'examen personnel de sa situation, le préfet n'étant pas tenu de reprendre tous les éléments relatifs à la situation de l'intéressé dans sa décision, qui n'est en l'espèce une mesure d'assignation à résidence.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour, il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, et en particulier l'assignation à résidence, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. En l'espèce, M. A a sollicité une demande d'asile et a déposé une demande de titre de séjour. Il a pu ainsi, au cours de la procédure d'instruction de chacune de ses demandes, faire valoir toute observation utile. En outre, lors de son audition le 14 juillet 2024, l'intéressé a pu faire valoir ses observations quant à sa reconduite à la frontière comme cela ressort du procès-verbal produit en défense. Enfin, M. A ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () Ce formulaire est traduit dans les langues les plus couramment utilisées désignées par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa. ".

7. Les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent, notamment, que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de l'assigné à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence d'information par la délivrance d'un formulaire, telle que prévue par ces dispositions, à la supposer établie, est également sans incidence sur la légalité de la décision contestée, laquelle s'apprécie à la date de son édiction comme il vient d'être dit. Il en est de même s'agissant de la possibilité de se faire accompagner par un interprète.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

9. Il résulte des dispositions du 2° du VI de l'article 72 et du IV de l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration que ces dispositions sont entrées en vigueur le lendemain de leur publication au Journal officiel de la République française, soit le 28 janvier 2024. Par suite, l'arrêté attaqué ne pouvait légalement être pris sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaissait, à cet égard, le champ d'application de la loi ratione temporis. Toutefois, les dispositions nouvelles de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à la base légale erronée initialement retenue par le préfet dès lors que ce dernier dispose du même pouvoir d'appréciation sur le fondement des deux textes et que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de l'intéressé ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Le préfet a, par suite, pu fonder sa décision sur les dispositions précitées.

11. En cinquième lieu, si M. A a indiqué lors de son audition par les services de police le 14 juillet 2024 qu'il était reparti en Belgique en novembre 2023 à la suite de la notification de l'arrêté du 14 septembre 2023, et y être demeuré durant un mois avant de revenir en France, il ne l'établit pas.

12. En sixième lieu, le requérant soutient que la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, il n'apporte aucune précision sur les impératifs de sa vie quotidienne, privée et familiale auxquels une telle restriction de ses mouvements porterait une atteinte excessive. En se bornant à produire des pièces médicales, anciennes pour certaines, indiquant qu'il est atteint d'une hépatite B et qu'il est régulièrement suivi à ce titre, M. A ne justifie pas qu'il serait dans l'impossibilité de se rendre tous les jours du lundi au samedi entre 8h00 et 9h00 au commissariat de Reims, commune où il réside. En outre, seul M. A étant assigné à résidence, il ne peut se prévaloir de la situation de sa compagne qui est enceinte, ni que sa présence est indispensable vingt-quatre sur vingt-quatre quand bien même l'accouchement est imminent. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'assignation à résidence, alternative à une mesure de rétention prise à son encontre, serait entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En dernier lieu, la mesure attaquée n'a pas pour objet ou pour effet de soumettre le requérant à des peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, non assorti de précisions suffisantes au demeurant, ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'assignation à résidence du 14 juillet 2024.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aurélie Gabon et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La magistrate désignée,La greffière,

SignéSigné

S. LAMBINGS. VICENTE

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