mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401732 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BQD AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Monnier, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 27 juin 2024 par laquelle le président de l'université de Reims Champagne-Ardenne lui a interdit l'accès à l'ensemble des locaux de l'université pour une durée de trente jours ;
2°) de mettre à la charge de l'université de Reims Champagne-Ardenne une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie alors que l'arrêté le place dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions d'enseignant, qu'il contourne la décision du CNESER du 18 avril 2024 qui a prononcé le sursis à exécution de la décision du conseil académique du 10 octobre 2023 prononçant à son encontre une sanction disciplinaire, et que la mesure sera certainement prolongée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : l'arrêté est insuffisamment motivé ; il est entaché d'un détournement de pouvoir ; il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de qualification juridique des faits ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la requête enregistrée sous le n° 2401733 le 17 juillet 2024 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision du 27 juin 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Lambing, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.
3. Pour caractériser l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision contestée fondée sur le risque de troubles liés au retour de M. B au sein des locaux de l'université alors qu'une procédure disciplinaire est en cours, l'intéressé invoque l'impossibilité d'exercer ses fonctions d'enseignant et soutient que l'arrêté attaqué tend à contourner la décision du CNESER du 18 avril 2024 qui a décidé le sursis à exécution de la décision du conseil académique du 10 octobre 2023 prononçant à son encontre une sanction disciplinaire.
4. D'une part, l'arrêté litigieux, qui maintient l'intégralité du traitement de l'intéressé, n'a ni un caractère disciplinaire, ni pour finalité de préjudicier à la carrière du requérant mais a comme seule portée de prévenir tout trouble au sein de l'université et d'éviter que sa présence dans les locaux nuise au bon fonctionnement de l'établissement. D'autre part, en se bornant à alléguer que l'impossibilité d'accéder aux locaux de l'université de fin juin à fin juillet porterait atteinte à ses fonctions d'enseignant, le requérant ne précise pas les conséquences de la mesure contestée quant aux impératifs professionnels qu'il aurait sur cette période de fin d'année universitaire. En outre, l'éventualité d'une prolongation de la mesure n'est pas de nature à caractériser l'urgence. Enfin, l'illégalité invoquée de l'acte dont la suspension est demandée ne saurait par elle-même être de nature à caractériser une situation d'urgence. Par suite, la circonstance que la mesure a été prise en dépit du sursis à exécution d'une sanction disciplinaire est sans incidence sur l'appréciation de l'urgence à en suspendre son exécution. Il s'ensuit qu'eu égard à l'intérêt public à prévenir tout trouble au sein de l'université et à l'absence d'atteinte grave et immédiate à la situation du requérant, la condition d'urgence ne peut manifestement pas être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension de la décision attaquée du 27 juin 2024 ne peuvent qu'être rejetées pour défaut d'urgence, suivant la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il y a lieu par voie de conséquence de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 23 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
S. LAMBING
N°2401732
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