mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401737 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | DJIDJIRIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 16 juillet 2024, enregistrée le 19 juillet 2024 au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.
Par cette requête et des mémoires enregistrés les 6 juillet 2024, les 16 et 25 septembre 2024, M. B, représenté par Me Djidjirian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- l'arrêté litigieux a été pris par un auteur dont la compétence n'est pas démontrée ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée.
Par une mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de la Moselle, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Djidjirian, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins et insiste sur la situation du requérant ce dernier ayant engagé des démarches pour se marier avant l'édiction de la décision attaquée ainsi que l'irrégularité de la procédure de contrôle ;
- et les observations de M. B, présent assisté d'un interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 15 février 1988, qui déclare être entré sur le territoire français au mois de novembre 2023, muni d'un visa Schengen valable jusqu'au 30 novembre 2023, s'y est maintenu en situation irrégulière depuis cette date. Le 5 juillet 2024, il a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour en France par les services de la police aux frontières de Metz, après un contrôle d'identité. Par un arrêté du même jour, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant, qui est déjà représenté par un avocat, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté :
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France sous couvert d'un visa Schengen et s'est marié le 3 août 2024, avec une ressortissante française. Si le préfet de la Moselle se prévaut du caractère récent de sa relation et de la vie commune, il ressort toutefois des pièces du dossier que lors de son audition il a fait état de cette relation, a indiqué être venu en France pour se marier et qu'à la date de l'arrêté, il avait déjà entrepris des démarches auprès de la commune de Romilly sur Seine à cette fin. Il s'ensuit, la situation du requérant relèvant de l'accord franco-Algérien de 1968, que le préfet de la Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé. L'obligation de quitter le territoire doit, par suite, être annulée.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 du préfet de la Moselle dans son ensemble.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Moselle ou au préfet territorialement compétent de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour, de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
7. M. B est admis, par le présent jugement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 5 juillet 2024 du préfet de la Moselle est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour, de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros hors taxe à son avocat, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Naïri Djidjirian et au préfet de la Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La présidente-rapporteure, La greffière,
Signé Signé
S. MÉGRET S. VICENTE
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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