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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401809

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401809

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté les requêtes de M. et Mme C, qui contestaient les décisions implicites de refus de titre de séjour et les obligations de quitter le territoire français. Les requérants invoquaient notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, en l'absence d'éléments suffisants démontrant une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de leurs enfants. Les décisions attaquées ont donc été jugées légales au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, sous le n° 2401810, Mme E A C, représentée par Me Nawel Hami-Znati, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Marne à sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai 10 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Hami-Znati en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Mme C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est illégale en l'absence de communication des motifs ;

- méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

- méconnait l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été entendue et n'a pas pu faire valoir ses observations ;

- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnait l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant le titre de séjour ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil.

Le préfet de la Marne, a qui la requête a été communiquée n'a pas produit d'observations.

II) Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, sous le n° 2401809, M. D C, représenté par Me Nawel Hami-Znati, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Marne à sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai 10 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative à verser à Me Hami-Znati en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est illégale en l'absence de communication des motifs ;

- méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnait l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu et n'a pas pu faire valoir ses observations ;

- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnait l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant le titre de séjour.

La décision fixant le pays de renvoi :

- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil.

Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée n'a pas produit d'observation.

M et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 19 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. C sont entrés régulièrement sur le territoire français le 21 août 2016. Ils ont sollicité par deux courriers en date du 7 décembre 2023 reçus le 12 décembre 2023 un titre de séjour. Deux décisions implicites de rejet sont nées du silence gardé par le préfet de la Marne. Ils demandent l'annulation de ces décisions.

2. Les affaires enregistrées sous les n°s 2401810 et 2401809 sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants nigérians. Ces requêtes présentent à juger des questions semblables, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° [] constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article

L. 223-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le conseil des requérants a demandé au préfet de la Marne par lettre recommandée avec accusé de réception reçue le 17 avril 2024, dans le délai de recours contentieux, les motifs des décisions de rejet nées de son silence et que ce dernier n'a pas transmis ces éléments. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être retenu.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation des décisions implicites du préfet de la Marne rejetant leurs demandes de titre de séjour. En l'absence de décision d'éloignement des époux C ni, par voie de conséquence, de décision fixant le pays de destination de cet éloignement, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement le réexamen de la situation de M. et Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de munir ces derniers, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne mentionnant pas le titre de séjour sollicité comme permettant d'assortir l'autorisation provisoire de séjour d'une autorisation de travail, les conclusions d'injonction en ce sens doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et sur les dépens :

7. Les requérants ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hami-Znati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Hami-Znati de la somme de 1 200 euros

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet de la Marne aux demandes de titre de séjour de M. et Mme C sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de procéder au réexamen des demandes de Mme et M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Hami-Znati, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hami-Znati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme A E C, à Me Nawel Hami-Znati et au préfet de la Marne .

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Bénédicte Alibert, première conseillère,

M. Oscar Alvarez, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,Le président,

B. BO. NIZET

La greffière,

N. MASSON

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2401810, N° 241809

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