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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401881

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401881

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. D, ressortissant marocain, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par la préfète de l'Aube. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la préfète avait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Il a jugé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa situation personnelle et de ses attaches familiales au Maroc. Les autres moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance des articles L. 423-12, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 3 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, ont été écartés comme non fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2024, M. B D, représenté par

Me Bakary, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. D soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour est illégale du fait de l'illégalité de la décision du 21 juillet 2023 dès lors qu'il remplit les conditions posées par les articles L. 423-12, L. 423-21, L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète de l'Aube a considéré que la délégation de l'autorité parentale cessait à la majorité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète de l'Aube n'ayant pas pris en considération l'avis de la commission du titre de séjour ;

- est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors que le requérant justifie de ses activités professionnelles ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'un vice de procédure, le requérant n'ayant pas fait l'objet d'une procédure contradictoire qui aurait permis son éloignement vers un pays de l'Union Européenne ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors que le requérant dispose d'une adresse fixe et ne peut se soustraire à une mesure d'éloignement ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 1er janvier 2004 est entré régulièrement sur le territoire français le 8 octobre 2010. Il a déposé le 10 octobre 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 18 juin 2024 la préfète de l'Aube a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné en l'absence de départ volontaire. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté en litige comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle de M. D avant de prendre les décisions contestées.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en France à l'âge de 6 ans sans le cadre d'une kafala et a vécu pendant toute son enfance avec Jamila et Abdesselam D ainsi que leurs deux enfants. Il est célibataire et sans enfant A a été condamné le

10 novembre 2022 à une peine de travail d'intérêt général pour des faits de violence en réunion sans incapacité, dégradation en réunion et diffusion de l'enregistrement d'images relative à la commission d'une atteinte volontaire à l'intégrité de la personne commis entre le 5 et le

6 novembre 2022. Il a également été condamné, le 13 janvier 2023, dans le cadre d'une nouvelle comparution immédiate à une peine de 18 mois d'emprisonnement intégralement assortie d'un sursis probatoire pour des faits de violences volontaires commises en réunion et avec guet-apens avec une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours, en l'espèce 15 jours en état de récidive légale commis le 9 décembre 2022. En se bornant à produire, comme seul document postérieur à ces condamnations, un mail d'admission à une formation au centre national des arts et métiers, le requérant ne démontre pas avoir engager une démarche de réinsertion sérieuse. Par suite, la préfète de l'Aube a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, considérer que la présence du requérant sur le territoire constitue une menace à l'ordre public. Dans ces circonstances, eu égard à la répétition, dans un temps très court, d'infractions pénales graves, en prenant la décision en litige la préfète de l'Aube, qui n'était pas liée par l'avis de la commission du titre de séjour, n'a pas porté à ses droits au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Aube n'a pas méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les moyens propres à la décision portant refus de titre de séjour :

5. Le requérant qui a uniquement sollicité son admission exceptionnelle au séjour ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance par la préfète de l'Aube des dispositions des articles L. 423-12, L. 423-21, L. 423-22 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le moyen tiré de l'erreur de droit quant à l'existence d'une délégation d'autorité parentale est inopérant. En outre, la circonstance que la préfète de l'Aube l'ait précédemment invité à déposer une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne le privait pas de la possibilité de solliciter la délivrance d'un titre sur les fondements qu'il souhaitait, n'est pas de nature à rendre opérant ce moyen et n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision en litige.

6. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 précité n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Si un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article

L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco marocain du 9 octobre 1987 en son article 3, il peut en revanche s'en prévaloir afin d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas à la préfète, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. Eu égard à l'ensemble des éléments exposés au point précédent, la préfète de l'Aube n'a pas, en refusant de délivrer au requérant au titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. De même, en refusant de délivrer un titre de séjour " salarié " au requérant qui ne justifie pas d'une activité professionnelle, la préfète de l'Aube n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle ni d'erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

8. Eu égard aux éléments exposés au point 4, la préfète de l'Aube n'a pas méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. M. D, requérant majeur qui n'allègue pas avoir dans son entourage des proches mineurs, ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. La préfète de l'Aube n'étant pas liée par l'avis de la commission du titre de séjour, c'est sans erreur de droit qu'elle a pu s'en écarter.

Sur les moyens propres à décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte des dispositions des livres IV et VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de telles décisions. Par suite, le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire doit être écarté comme inopérant.

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait séjourné dans un autre pays de l'Union Européenne. Par suite, le moyen tiré du non-respect de la procédure de réadmission régie par les articles L. 511-1 à L. 511-3 et L. 531-1 à L. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

13. Les circonstances selon lesquelles le requérant dispose d'une adresse fixe et ne peut se soustraire à une mesure d'éloignement est sans incidence sur le prononcé de ladite mesure. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme inopérant.

14. Il résulte des éléments rappelés au point 4 qu'en obligeant le requérant à quitter le territoire français, la préfète de l'Aube n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de l'Aube

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Bénédicte Alibert, première conseillère

M. Oscar Alvarez, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,Le président,

B. CO. NIZET

La greffière,

N. MASSON

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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