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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401897

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401897

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de Mme B, qui contestait le refus du jury du master de psychologie sociale du travail et des organisations de l’université de Reims Champagne-Ardenne de l’autoriser à redoubler sa première année. Le tribunal a jugé que le jury n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en se fondant sur les insuffisances des travaux rendus par l’étudiante et son comportement, conformément au règlement des études de l’université. La décision s’appuie sur le code de l’éducation et le code des relations entre le public et l’administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 août et 24 octobre 2024,

Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 16 avril 2024 par laquelle le jury du master de psychologie sociale du travail et des organisations de l'université de Reims Champagne-Ardenne a refusé de l'autoriser à redoubler la première année de ce master ;

2°) d'enjoindre à l'université de Reims Champagne-Ardenne de l'autoriser à redoubler

la première année du master précité ou, à défaut, de valider sa première année de master.

Elle soutient que :

- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été sérieuse et investie dans ses études et qu'elle a obtenu une moyenne de 12,615,

elle a, de ce fait, les capacités pour acquérir le niveau requis pour passer en année supérieure en cas de redoublement ;

- le jury n'est pas souverain s'agissant des décisions portant refus de redoublement ;

- l'une de ses camarades a été autorisée à redoubler alors qu'elle a une moyenne inférieure à la sienne.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, l'université de Reims Champagne-Ardenne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2024 par une ordonnance

du 3 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;

- et les observations de M. C, représentant l'université

de Reims Champagne-Ardenne.

Une note en délibéré présentée par l'université de Reims Champagne-Ardenne a été enregistrée le 4 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était inscrite au titre de l'année universitaire 2022/2023 en première année de master psychologie sociale, du travail et des organisations au sein de l'université

de Reims Champagne-Ardenne. À l'issue de la seconde session d'examens, le jury, par une délibération formalisée du 11 juillet 2023, a prononcé son ajournement et ne l'a pas admise à redoubler. Mme B a demandé l'annulation de cette décision en tant qu'elle ne l'a pas admise à redoubler et, par un jugement du 5 avril 2024, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé cette décision dans cette mesure et a enjoint au jury de délibérer à nouveau sur ce point. Par une délibération du 16 avril 2024 le jury du master de psychologie sociale du travail et des organisations a une nouvelle fois refusé d'autoriser Mme B à redoubler la première année de ce master. Mme B demande au tribunal d'annuler cette délibération.

2. Aux termes du point 5.2.2 " redoublement en master " du règlement des études de l'université de Reims Champagne-Ardenne pour l'année universitaire 2022/2023 : " () En cas de non validation du M1, le redoublement n'est pas de droit. Il est subordonné à la décision du jury du diplôme, avec conservation des EC capitalisés () ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées du règlement des études de l'université de Reims Champagne-Ardenne que la possibilité d'autoriser ou non le redoublement, que prévoient ces dispositions, procède d'une appréciation par le jury de l'ensemble de la situation de l'élève et non pas seulement des notes obtenues. Dès lors, si le jury est souverain en ce qui concerne l'appréciation des mérites des candidats et l'attribution des notes, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'appréciation de l'ensemble de la situation de l'élève, qui se distingue de celles des mérites, n'est pas entachée d'une erreur manifeste.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été déclarée défaillante à l'issue de la première session de la première année du master de psychologie sociale du travail et des organisations à l'issue de l'année universitaire 2022/2023. Cette décision était motivée par le fait que la requérante n'a rendu dans le temps imparti ni le produit du travail réalisé dans le cadre de la matière " travail d'étude et de recherche " ni son rapport de stage. Si Mme B a obtenu

la moyenne de 12,615 à l'issue de la session de rattrapage, elle n'a pas validé la première année du master précité en raison de notes inférieures à la moyenne dans les unités d'enseignement " professionnalisation " et " travail d'étude et de recherche ". Pour refuser d'autoriser

Mme B à redoubler, le jury du master a considéré, qu'alors qu'elle n'avait pas rendu

le résultat de son travail d'étude et de recherche et son rapport de stage dans les temps impartis lors de la première session, les travaux réalisés dans le cadre de la session de rattrapage demeuraient insuffisants, ces travaux ayant été évalués à la note de 8/20. En outre, le jury a relevé que ces insuffisances, dans des matières fondamentales du master en cause, était lié au comportement et à l'attitude de l'étudiante qui n'a pas sollicité ses enseignants au stade de la rédaction de ses travaux. Dans ces conditions, le jury du master n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que Mme B, du fait de ce comportement, ne possédait pas les aptitudes nécessaires pour poursuivre utilement ses études au sein du master de psychologie sociale du travail et des organisations.

5. En deuxième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la situation de l'une de ses camarades qui a été autorisée à redoubler.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 7° Refusent une autorisation () ".

Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent

le fondement de la décision ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et de celles citées au point 2 que

les décisions qui refusent à un étudiant la possibilité de redoubler, prises après appréciation de l'ensemble de la situation de l'étudiant et non pas seulement des notes obtenues, constituent des refus d'autorisation devant être motivés, y compris lorsqu'ils sont pris par le jury du diplôme.

8. Il ressort des pièces du dossier que si la délibération du jury du 16 avril 2024 comporte des considérations de fait détaillées qui fondent le refus de redoublement en litige, elle ne comporte aucune considération de droit. En particulier, le jury du master ne fait pas état des dispositions du règlement des études de l'université de Reims Champagne-Ardenne applicables. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

9. Il résulte de ce qui précède que la délibération du jury de master de psychologie sociale du travail et des organisations du 16 avril 2024 doit être annulée.

10. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique uniquement que le jury du diplôme se réunisse à nouveau afin de réexaminer la situation de Mme B. Il y a lieu d'enjoindre au jury, en application des dispositions de l'article

L. 911-2 du code de justice administrative, d'y procéder dans délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du jury du master de psychologie sociale du travail et des organisations du 16 avril 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au jury du master de psychologie sociale du travail et des organisations de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université de Reims Champagne-Ardenne.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Amelot, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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