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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401986

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401986

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de produire dans le cadre de la présente instance l'intégralité des éléments afférents à la mesure d'expertise diligentée outre l'entier dossier médical sur la base duquel le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis son avis le 29 mars 2023 ainsi que l'avis querellé, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " notamment pour des raisons médicales ou, le cas échéant, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il n'a pu être assisté d'une personne de son choix ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) méconnaît l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, dès lors qu'il n'est pas établi que le collège des médecins ait été régulièrement été saisi, ni qu'il était compétent pour rendre son avis, que les signatures des médecins étaient lisibles et que la procédure a été régulièrement suivie ;

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9, L. 431-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade car il justifie de l'inaccessibilité des soins nécessaires à sa santé en Géorgie ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qui concerne le pays de destination, dès lors que le préfet n'établit pas qu'il serait admissible dans un autre pays que la Géorgie ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête de M. A a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas présenté d'observations.

Par une décision du 18 septembre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Gabon, représentant M. A, non présent, qui rappelle les éléments relatifs au jugement d'annulation du précédent arrêté du 15 avril 2024 rendu le 12 juin 2024 par le tribunal de céans et qui insiste sur la situation de M. A et son évolution depuis l'avis de l'OFII sur son état de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant géorgien né le 16 juin 1983, qui déclare être entré sur le territoire français le 7 avril 2022, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 23 septembre 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 16 août 2023. Après le rejet de sa demande d'asile, par un arrêté du 15 avril 2024, le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Cet arrêté a été annulé par le tribunal de céans pour défaut d'examen particulier de la situation du requérant au titre de la santé. Par un arrêté du 12 juillet 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Marne l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que dans son avis du 29 mars 2023, sur lequel s'est notamment fondé le préfet de la Marne pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A, le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner à son égard des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé géorgien et qu'au vu des éléments du dossier à la date de l'avis, il peut voyager vers la Géorgie sans risque. Toutefois, postérieurement à cet avis, le 26 février 2024, la situation médicale du requérant a évolué, ce dernier ayant été inscrit sur la liste nationale des malades en attente de greffe gérée par l'Agence de la biomédecine. De plus, il ressort de plusieurs certificats médicaux d'un néphrologue spécialiste, dont le dernier a été établi le 26 juillet 2024, que l'insuffisance rénale dont souffre M. A est en phase terminale et qu'elle nécessite un traitement par hémodialyse à raison de trois séances par semaine, dont l'interruption pourrait engager son pronostic vital. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme apportant dans la présente instance des éléments de fait susceptibles de soulever un doute légitime sur la légalité de l'arrêté attaqué emportant nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de sa situation. Dans ces conditions, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en prenant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision.

3. L'illégalité de la décision du 12 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français entraîne par voie de conséquence l'illégalité des décisions du même jour fixant le pays de destination et prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

5. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder au réexamen de la situation de M. A et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gabon, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Marne du 12 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gabon une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aurélie Gabon et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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