mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402068 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
La magistrate désignée
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2402068 les 20 août et 3 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Martin Hamidi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 août 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnait l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa vulnérabilité ;
- il n'a pas été pris en compte ses observations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de Mme A ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2402069 les 20 août et 3 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Martin Hamidi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 août 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soulève les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n°2402068.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de M. A ne sont pas fondés.
Le 29 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le tribunal est susceptible de procéder à une substitution de base légale, les dispositions du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devant être substituées à celles de l'article L. 551-16 de ce code.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lambing pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lambing, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
L'instruction a été close après l'appel de l'affaire à l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont déposé une demande d'asile. Le 10 juillet 2024, ils ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en ont obtenu le bénéfice. Le 19 juillet 2024, ils ont refusé la proposition d'hébergement qui leur a été faite. Par décision du 9 août 2024, le directeur de l'OFII a décidé de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil. Par les présentes requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme A demandent l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation
4. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ". L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 (). / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code, alors applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; () ".
6. En premier lieu, les décisions attaquées, qui mentionnent les considérations de droit sur lesquelles elles sont fondées, précisent que les intéressés ont refusé la proposition d'hébergement qui leur a été faite par l'OFII, et que la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est prise après examen de leur situation personnelle et familiale. Le moyen tiré d'un défaut de motivation doit donc être écarté.
7. En deuxième lieu, il ne ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le directeur général de l'OFII n'aurait pas pris en considération leurs observations avant de prendre les décisions en litige.
8. En dernier lieu, il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 4 et 5 que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551 16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.
9. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer d'office ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
10. En l'espèce, par les décisions contestées, l'OFII, à la suite du refus de M. et Mme A de la proposition d'hébergement faite par l'Office dans un HUDA situé à Bar-sur-Aube, a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des intéressés en se fondant sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte de ce qui précède que les décisions contestées trouvent leur fondement légal dans les dispositions de l'article L. 551-15 du même code, l'Office ayant entendu refuser à M. et Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à raison de leur refus de la proposition d'hébergement qui leur a été faite, dispositions qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 551-16, dès lors que l'Office dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces fondements et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver les intéressés d'aucune garantie.
11. Il ressort des pièces du dossier que les requérants, qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées à la suite de leur demande d'asile, ont refusé la proposition d'hébergement faite par l'OFII sur la commune de Bar-sur-Aube au motif qu'ils seraient séparés de leur mère elle-même hébergée dans un foyer à Saint-Germain et qu'ils souhaitaient suivre chacun une formation dans un lycée situé à Troyes. Toutefois, les requérants ne justifient pas qu'ils seraient dans l'incapacité matérielle de poursuivre une scolarité, alors qu'au demeurant ils n'établissent pas être inscrits dans un établissement d'enseignement. En outre, les communes de Bar-sur-Aube et de Saint Germain ne sont distantes que de 62 kilomètres et sont desservies par les transports en commun. M. et Mme A, âgés respectivement de 18 et 19 ans, qui ne démontrent pas leur impécuniosité, ne peuvent ainsi soutenir qu'ils seraient isolés de leur mère en cas d'hébergement au sein du foyer proposé dans le même département, proposition qui tient nécessairement compte des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. Comme le fait valoir en défense l'OFII, l'orientation des requérants vers une même structure d'hébergement a permis de ne pas séparer la fratrie. Les intéressés ne justifient donc pas d'un motif légitime pour refuser la proposition d'hébergement qui leur a été faite. Par ailleurs, M. et Mme A, majeurs, ne justifient d'aucune circonstance qui attesteraient de leur vulnérabilité. Enfin, si les requérants allèguent qu'ils seraient démunis d'hébergement et de ressources, ils n'apportent, à l'appui de cette assertion, aucune précision, ni aucun élément, alors qu'ils ont refusé une offre d'hébergement en HUDA pourtant dans le même département que leur mère, et qu'ils ont eux-mêmes fait valoir qu'ils souhaitaient demeurer dans un autre lieu d'hébergement que celui proposé. Dans ces conditions, les décisions attaquées ne peuvent être regardées comme entachées d'une erreur de droit.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme B A, à Me Martin Hamidi et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
S. LAMBING
La greffière,
signé
I. DELABORDE
2, 2402069
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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