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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402098

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402098

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL LE CAB AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande du préfet de la Marne visant à ordonner l'expulsion de Mme A, ressortissante arménienne, du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) d'Épernay. Le juge a estimé que, malgré le rejet définitif de sa demande d'asile, des circonstances exceptionnelles liées à la vulnérabilité, à l'âge (68 ans), à l'état de santé et à l'isolement de l'intéressée s'opposaient à la mesure d'expulsion. La requête préfectorale a donc été rejetée, et l'État a été condamné à verser 1 000 euros à Mme A au titre des frais de justice, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, le préfet de la Marne demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai, au besoin avec le concours de la force publique, de Mme B A du logement qu'elle occupe, situé au 6 rue Henry Dunant à Epernay dans le centre d'accueil pour demandeur d'asile (CADA) géré par la Croix-Rouge ;

2°) de l'autoriser à donner toutes instructions au gestionnaire de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites ;

- Mme A se maintient illégalement dans le lieu d'hébergement sans contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, Mme A, représentée par Me Boia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de rejeter la requête ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- des circonstances exceptionnelles, tenant à sa vulnérabilité, son âge, son état de santé et son isolement en France, s'opposent à son expulsion.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus :

- le rapport de Mme Mégret, juge des référés ;

- les observations de Me Boia, représentant Mme A, présente, qui insiste sur l'absence d'urgence, le préfet de la Marne ne fournissant aucun chiffre pour le centre d'urgence où loge Mme A et sur sa vulnérabilité, la requérante étant âgée de 68 ans et très isolée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La demande d'asile de Mme A, ressortissante de nationalité arménienne, a été rejetée par une décision du 19 avril 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile le

19 septembre 2023, notifiée le 3 octobre 2023. Mme A, s'étant maintenue dans son logement situé 6 rue Henry Dunant à Epernay, le préfet de la Marne demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile " accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". L'article L. 551-11 du même code dispose : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 552-15 de ce code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement (), l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu (). / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article R. 552-11 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement. ". Aux termes de l'article R. 552-12 du même code : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir. ". Aux termes de l'article R. 552-14 du même code : " Lorsque la personne n'a pas quitté le lieu d'hébergement à la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, à l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le gestionnaire met en œuvre la décision de sortie prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il en informe l'office et le préfet de département dans lequel se situe le lieu d'hébergement. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Le préfet de la Marne établit que le taux d'occupation, au mois d'août, des places d'accueil pour demandeurs d'asile est de 98,22 % dans le département de la Marne pour

1 333 places, que le taux de présences indues dans ce département en août 2024 est de 15,6 %. Il précise également que 50 % des allocataires de l'aide aux demandeurs d'asile sont en attente d'entrée dans un centre d'hébergement et que les besoins ne font que croître depuis 2022. Ainsi, en se maintenant au sein du centre d'hébergement alors qu'elle n'y a plus le droit,

Mme A compromet le bon fonctionnement du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile et fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile. En outre, la circonstance invoquée selon laquelle elle ne dispose pas de solution de relogement, et que son état de santé est fragile compte tenu de son âge de 68 ans sans en apporter la preuve, ne suffit pas à caractériser une contestation sérieuse faisant obstacle au prononcé de la mesure sollicitée. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir Mme A, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la demande du préfet de la Marne présente un caractère d'urgence et d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse et qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme A de libérer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, l'hébergement qu'elle occupe. En l'absence de départ volontaire, le préfet pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'occupante, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. L'avocate de Mme A, partie perdante dans la présente instance, ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, de rejeter leur demande formulée à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A de libérer le logement qu'elle occupe, situé au 6 rue Henry Dunant à Epernay dans le centre d'hébergement d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) la Croix-Rouge, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : A défaut pour Mme A d'avoir quitté les lieux dans le délai mentionné à

l'article 1er, le préfet de la Marne est autorisé à recourir au concours de la force publique pour procéder à son expulsion et donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la structure d'accueil pour faire procéder à l'évacuation des biens de Mme A, à ses frais et risques, à défaut pour elle de les avoir emportés.

Article 3 : Les conclusions de Mme A sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme B A.

Copie sera adressée au préfet de la Marne et à l'office français de l'immigration et de l'intégration (direction territoriale de Reims).

Fait à Châlons-en-Champagne, le 16 octobre 2024.

Le juge des référés,

S. MÉGRET

La greffière,

N. MASSONLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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