lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402104 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, M. C A, représenté par Me Boia, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à la préfète du Bas-Rhin d'annuler sa décision de placement en fuite ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de ne pas exécuter son transfert à destination de l'Espagne ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Boia en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ayant été déclaré en fuite son transfert peut avoir lieu à tout moment, les diligences étant en cours pour organiser ce transfert ;
- l'impossibilité de déposer sa demande d'asile en France et de bénéficier d'une autorisation de séjour pendant l'instruction de sa demande d'asile porte atteinte au droit d'asile, lequel constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile dès lors que la décision de le placer en fuite est illégale ; il ne s'est jamais soustrait de manière systématique et intentionnelle au contrôle de l'autorité administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. A, qui avait demandé l'asile aux autorités françaises, a fait l'objet le 2 février 2024 d'un arrêté de la préfète du Bas-Rhin portant transfert aux autorités espagnoles, celles-ci ayant donné le 18 janvier 2024 leur accord pour la prise en charge de l'intéressé. Cet arrêté lui a été notifié le 3 juin 2024. En contestant la mesure par laquelle la préfète du Bas-Rhin a considéré, dès le 25 janvier 2024, dans la perspective d'un retrait des conditions matérielles d'accueil, qu'il était en fuite dès lors qu'il ne s'était pas présenté au lieu d'hébergement qui lui était assigné, le requérant peut être regardé comme contestant la possibilité de poursuivre l'exécution du transfert au-delà du délai de six mois prévu par le 1 de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 visé ci-dessus, ce délai étant porté à dix-huit mois en cas de fuite par application du 2 du même article.
3. Il ne résulte pas de l'instruction que l'Espagne, pays ayant accepté la prise en charge du requérant pour procéder à l'examen de sa demande d'asile qui est partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugiés, complétée par le protocole de New-York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'offrirait pas des garanties équivalentes à celles dont il pourrait se prévaloir du fait de l'examen de cette demande par les autorités françaises. Par suite, en l'absence d'élément de nature à caractériser une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile, la requête ne peut être que rejetée en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifié à M. C A.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 26 août 2024.
Le juge des référés,
signé
O. B
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