lundi 2 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 août 2024, Mme C B A, représentée par Me Hami-Znati, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours en lui faisant obligation de se présenter tous les jours entre 8 heures et 9 heures au commissariat de police de Charleville-Mézières ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de faire valoir ses observations ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu sa propre compétence en ne relevant aucun élément relatif à sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en considération de la situation politique au Venezuela, de son état de santé et de la présence en France de membres de sa famille.
Le préfet des Ardennes, auquel la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné,
- et les observations de Me Hami-Znati, avocate de Mme B A et celle-ci en ses explications. Me Hami-Znati reprend ses observations écrites et ajoute qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement dès lors que sa cliente n'a pas été éloignée durant les 45 jours de la précédente assignation à résidence.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de la décision du 9 août 2024 :
3. Par un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Ardennes a donné délégation à M. Joël Dubreuil, secrétaire général de la préfecture des Ardennes à l'effet de signer, à compter du 17 juillet 2023, les mesures relevant de la réglementation des étrangers en matière de droit au séjour et d'éloignement du territoire. Cette délégation n'étant pas restreinte aux hypothèses où le préfet serait empêché ou absent, la requérant ne peut utilement faire valoir que faute de comporter cette précision l'arrêté en litige serait illégal. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
4. La décision attaquée précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.
5. Il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peut être utilement invoqué par le requérant. L'administration n'était donc pas tenue, sur le fondement de ces dispositions, d'inviter le requérant à faire valoir ses observations spécifiquement sur l'assignation à résidence dont il a fait l'objet. Par suite, il ne peut utilement soutenir qu'il n'a pu être entendu et présenter des observations en méconnaissance de ces dispositions.
6. Enfin, si, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour, il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, et en particulier l'assignation à résidence, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
7. En l'espèce, Mme B A a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade qui a donné lieu à un avis du collège de médecins de l'OFII et qui a été rejetée le 27 décembre 2023. Elle a pu ainsi, au cours de la procédure d'instruction, faire valoir toute observation utile, et conservé la possibilité d'exposer son point de vue à l'occasion de la première assignation à résidence dont elle a été l'objet. En outre, elle ne démontre pas qu'elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.
8. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
9. En se bornant à relever que son éloignement n'est pas intervenu durant les quarante-cinq jours de la première assignation à résidence, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir que celui-ci ne demeurerait pas une perspective raisonnable et que la décision attaquée serait ainsi entachée d'erreur de droit.
10. La requérante ne peut pas utilement se prévaloir de la situation politique au Venezuela à l'encontre d'une assignation à résidence qui n'a pas pour objet de prononcer son éloignement. Les documents médicaux qu'elle produit ne permettent en rien de révéler que son état de santé ne serait pas compatible avec l'assignation à résidence en cause ou avec les modalités de son contrôle. Enfin, si elle se prévaut de la présence en France de membres de sa famille dont certains ont obtenu la nationalité française, dont d'autres bénéficient du statut de réfugié et dont d'autres enfin ont sollicité la délivrance de titres de séjour, l'ensemble de ces personnes résident à Charleville-Mézières, et l'assignation à résidence de l'intéressée dans le département des Ardennes ne fait ainsi pas obstacle à ce qu'elle continue à les fréquenter. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au préfet des Ardennes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. DESCHAMPS
La greffière,
signé
I.DELABORDE
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026