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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402218

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402218

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique - Eloignement

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne annule l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet de la Marne a renouvelé l'assignation à résidence de M. B, ressortissant guinéen. Le juge unique estime que le préfet a appliqué à tort l'ancienne version de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur avant le 28 janvier 2024, alors que les dispositions modifiées par la loi du 26 janvier 2024 étaient applicables à la date de la décision. Cette erreur de droit prive l'arrêté de base légale, entraînant son annulation sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens. L'État est condamné à verser 1 200 euros à l'avocat de M. B au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. C B représenté

par Me Mainnevert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 30 aout 2024 par lequel le préfet

de la Marne a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, de la somme

de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative

et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ne pas avoir eu connaissance d'une obligation de quitter le territoire prise à son encontre ; par suite la décision attaquée est privée de base légale ;

- il ne peut être justifié d'une perspective raisonnable d'éloignement ;

La requête a été communiqué au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article

L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Malblanc qui précise que les pièces produites en défense permettent d'établir l'absence de notification de l'obligation de quitter le territoire français ; que l'arrêté en cause est fondé sur des dispositions abrogées et qu'il a été pris par un auteur incompétent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B de nationalité guinéenne, né le 1er juillet 2002, demande l'annulation

de l'arrêté du 30 aout 2024 par lequel le préfet de la Marne a renouvelé son assignation à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B

au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction en vigueur avant le 28 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". A compter du 28 janvier 2024, l'article L.731-1 dudit code prévoit : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

5. Le préfet de la Marne a fait, à tort, application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur jusqu'au 28 janvier 2024. Ces dispositions ayant été modifiées par la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, elles n'étaient, plus applicables à la date de l'arrêté en litige. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sue les autres moyens de la requête, la décision attaquée doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mainnevert, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mainnevert de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle est accordé à M. B

Article 2 : l'arrêté du 30 aout 2024 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Mainnevert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mainnevert, avocat de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024

Le magistrat désigné,

O. A

Le greffier,

A. PICOT

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous

les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2402218

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