mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2024, M. A C, représenté par
Me Gaffuri, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit le retour pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa demande d'admission au séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
M. C soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- il justifie de circonstances humanitaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête et qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 31 juillet 2024, la préfète de l'Aube a obligé M. A C, ressortissant serbe à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné, et a fixé à deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. La décision en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de M. C, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète de l'Aube s'est fondée pour prendre à son encontre une mesure d'éloignement ainsi que les décisions subséquentes. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé.
3. Il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
5. M. C est entré sur le territoire français en 2023. Il se prévaut de la présence en France de son épouse et de sa fille majeure dont la maladie nécessiterait une présence importante de sa part à ses côtés. Toutefois il ressort des pièces du dossier que son épouse et sa fille résident à Besançon alors que le requérant est domicilié chez son frère à La Chapelle Saint Luc. En outre, l'épouse et les enfants du requérant sont arrivés sur le territoire français en 2017, soit six ans avant le requérant. S'il fait valoir être demeuré en Serbie pour aider les autres membres de la famille à fuir le pays, il ressort de la décision de la présidente de la cour nationale du droit d'asile en date du 28 juin 2024 que les craintes exprimées par le requérant lors du dépôt de sa demande d'asile ne pouvaient pas être regardées comme fondées. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui vit éloigné géographiquement de sa famille depuis sept ans, prendrait effectivement en charge sa fille majeure. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Pour les mêmes motifs cet acte n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de ce dernier.
7. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Si le requérant soutient qu'il pourrait faire l'objet de traitements inhumains ou dégradants en Serbie, il n'assortit ce moyen d'aucune précision sur la nature, l'actualité ou la gravité de cette menace. En outre, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée au motif que les craintes qu'il exprimait ne pouvaient être regardées comme fondées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Ainsi, les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour :
10. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
11. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français en litige vise l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de sa durée et présence sur le territoire français et des liens du requérant avec la France tels qu'il les a déclaré ou justifié. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée ni qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
13. Il résulte des éléments rappelés au point 5 que la décision en litige ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs cet acte n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de ce dernier.
14. En se bornant à faire état de circonstances humanitaires, sans indiquer d'autres circonstances que celles relatives à sa vie familiale examinées au point 5, le requérant ne met pas, en tout état de cause, le tribunal à même d'apprécier le bien-fondé de son moyen.
15. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Aube en date du 31 juillet 2024 doivent être rejetées ainsi que ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais du litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la préfète de l'Aube au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la préfète de l'Aube sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025 , à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet , président,
Mme BénédicteAlibert, première conseillère,
M. Oscar Alvarez, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La rapporteure,
B. B
Le président,
O. NIZET La greffière,
I. DELABORDE
La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026