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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2402274

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2402274

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2402274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantANTON-ROMANKOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, complétée par un mémoire enregistré le 17 septembre 2024 présenté par Me Anton-Romankov, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans avec signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de procéder à l'effacement du signalement le concernant dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivé ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- cet arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de l'Aube, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Anton-Romankow, avocate de M. A.

L'instruction a été close à 10 h 45, à l'issue de l'audience.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions relatives à l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

2. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

4. M. A, ressortissant tunisien né le 14 août 1988, dit être enté en France au mois de mars 2017. Il justifie avoir noué des liens en France durant ces sept années de présence, et y a exercé une activité professionnelle dans le cadre de contrats à durée indéterminée. La circonstance que cette activité professionnelle ait été exercée sans autorisation et que l'intéressé se soit soustrait à une mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 28 juin 2022 n'est pas de nature à caractériser une menace à l'ordre public. Les motifs invoqués par la préfète, fondés sur l'existence d'attaches familiales en Tunisie, sur l'absence de " stabilité professionnelle et personnelle sur le territoire français " et sur le trouble à l'ordre public dont l'intéressé serait à l'origine ne sont ainsi pas de nature à justifier légalement une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, cette mesure doit être annulée.

5. Cette annulation implique l'effacement de la mention de cette mesure dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Aube d'y procéder dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives à l'assignation à résidence :

6. Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté prononçant l'assignation à résidence de M. A dans le département de l'Aube pour une durée de quarante-cinq jours ne sont assorties d'aucun moyen, et, par suite, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 200 euros en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens à verser à Me Anton-Romankow, conseil de M. A, sous réserve que Me Anton-Romankow renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où le requérant n'obtenait pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui serait versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 7 septembre 2024 prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de procéder, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, à l'effacement dans le système d'information Schengen de la mention de la mesure visée à l'article 2.

Article 4 : L'Etat versera à Me Anton-Romankow une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sauf à ce que M. A n'obtienne pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle, auquel cas cette somme sera versée à de dernier.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Anton-Romankow et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°2402274

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