mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HAMI-ZNATI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2402310 le 15 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Nawel Hami-Znati, demande au tribunal
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné en l'absence de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " étranger malade " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Hami-Znati au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;
- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil.
Le préfet de la Marne a produit des pièces le 15 octobre 2024.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2402309 le 15 septembre 2024, Mme A D épouse B, représentée par Me Nawel Hami-Znati, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné en l'absence de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " étranger malade " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Hami-Znati au titre des dispositions des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Mme D soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;
- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 du code civil.
Le préfet de la Marne a produit des pièces le 15 octobre 2024.
M. B et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 26 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république de Tunisie en matière de séjour et de travail,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Hami-Znati représentant Mme D et M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2402310 et n° 2402309 concernent la situation de deux époux. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme D et M. B, ressortissants tunisiens, sont entrés en France régulièrement en décembre 2018. Par courriers en date du 12 janvier 2023, reçus le 16 janvier 2023 par le préfet de la Marne, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par deux arrêtés du 28 juin 2024, le préfet de la Marne a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être éloignés en cas d'exécution contrainte. Ils demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation ;
3. Il ressort des pièces du dossier que le 12 janvier 2023, Mme D et M. B ont saisi l'administration d'une demande de régularisation fondée sur leur insertion professionnelle et leur situation familiale. Or, il ressort des termes même de la décision attaquée que le préfet de la Marne a seulement étudié leur demande sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant procédé à un examen complet des circonstances de l'affaire. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens des requêtes, les refus de titre de séjour litigieux doivent être annulés ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dont ils sont assortis et les décisions fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique seulement que le préfet de la Marne réexamine la situation des requérants. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de délivrer aux requérants une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
5. Les requérants ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hami-Znati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le paiement à cet avocat de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 28 juin 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de procéder au réexamen des demandes de M. B et Mme D dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Nawel Hami-Znati, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Nawel Hami-Znati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, Mme A D, au préfet de la Marne et à Me Nawel Hami-Znati.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Bénédicte Alibert, première conseillère,
M. Oscar Alvarez, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La rapporteure,Le président,
B. EO. NIZET
La greffière,
I.DELABORDE
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2402310 ; 2402309
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